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vendredi 24 février 2012

Not to touch the earth/album Waiting for the sun

'Not to touch the earth' était censée représenter la partie centrale et charniére de 'Célébration of the lizard'(et devait figurer en tant que tel sur Absolutely Live)mais lorsque les répétitions de Waiting for the sun s'interrompirent la chanson fut le seul morceau du poéme héroique a figurer sur le disque.Le poéme entier décrit une sorte d'exode de masse de la civilisation moderne et un retour a un mode de vie plus tribal.Les vagabonds errants de 'Celebration of the lizard' s'arrêtent au cours de leur voyage pour raconter leurs aventures et parler de leurs espoirs,et cela crée la base sur laquelle le poéme déroule ses images fantasmagoriques.L'histoire non linéaire devait atteindre son point culminant dans la frénésie de 'Not to touch the earth'.
A l'origine de la section 'Not to touch the earth' on trouve une fois encore les connaissances littéraires accumulées par Jim Morrison.Les deux premiéres phrases de la chanson 'Not to touch the earth,Not to see the sun' sont tirées du Rameau d'or,une étude sur la magie et la religion dans les cultures primitives,écrite par l'anthropologue écossais J G Frazer et publiée en 1890.Le livre devint une source de référence importante pour Morrison quand il s'intéressa aux démons et au chamanisme,et les théories de Frazer sur les danses primitives comme origine du théâtre ont vraiment influencé la maniére dont Jim se présentait sur scéne(comme le montre par exemple la 'danse du cercle' typique de Jim).
En utilisant 'Not to touch the earth' comme titre de la chanson Jim rendait un hommage subtil a quelqu'un dont il respectait les recherches et les ouvrages bien que la chanson n'ai aucun autre lien avec les théories de Frazer.En vérité Jim n'utilisa les mots de Frazer que comme point de départ.
"'Not to touch the earth' a été tiré de la table des matiéres du Rameau d'or"explique Patricia Kennealy Morrison"Deux chapitres s'y suivent,intitulés Not to touch the earth et Not to see the sun.Ils parlent principalement des tabous sur la menstruation,car dans certaines cultures primitives,les femmes ayant leur régles étaient envoyées en dehors du village vivre dans des huttes construistes sur pilotis au dessus du sol-"sans toucher la terre" ces huttes étaient souvent démunies de fenêtres.Ce qui explique qu'elles vivaient là "sans voir le soleil".Ces thémes ne sont pas vraiment mentionnés dans le poéme de Jim,mais il aimait la façon dont ces mots sonnaient."
Sur un album dont certains pensaient qu'il était trop mielleux,'Not to touch the earth' prouvait que les Doors pouvaient encore donner des cauchemards a leurs auditeurs.Le riff répétitif sur lequel la chanson est construite semble surgir a la fois d'un passé ombrageux et d'un futur redoutable et la mesure assénée par Densmore ne laisse aucun répit.
Morrison enchaîne des lambeaux de description qui sont signés de la patte du vieux chaman : présidents morts,voiture roulant à la colle et au goudron et fille de prêtre amoureuse d'un serpent-Jim est encore capable de nous entrainer dans des profondeurs mystérieuses.C'est alors que surgit le message le plus fort -"Run with me"(Sauve-toi avec moi)
Alors que le morceau s'envole sur une apocalypse ou la musique se déchaîne.Morrison prononce les paroles qui peuvent s'avérer prophétiques chez un homme possédant ses talents mystérieux-paroles contenant peut-être un grain de malice mais auxquelles il aurait beaucoup de mal a se mesurer :' I am the lizard king.I can do anything.(Je suis le roi lézard.Je fais ce que je veux.)


vendredi 17 février 2012

Love street/album Waiting for the sun

Le trait d'humour amer qui pointait vers la fin de la chanson retournait habilement son caractére rêveur.Une chanson d'amour dans laquelle l'amoureux se déclare satisfait "pour l'instant" n'est pas exactement une ode enthousiaste a l'amour romantique.Ce soupçon de doute sur 'love street' suggére une vision plus mitigée des choses que n'impliquaient les beaux accords de la chanson.
En réalité Love Street existait vraiment sous le nom de Laurel Canyon Boulevard,qui partait de Sunset Strip,traversait Hollywood Hills en passant par Mulholland Drive,et se terminait dans la vallée de San Fernando.Même si Jim passait une grande partie de son temps au motel d'Alta-Cienega pendant l'enregistrement de Waiting for the sun il partageait a ce moment là un appartement avec son amie Pam Courson.Il se situait dans une petite maison au 1812 Rothdell Trail,une petite rue débouchant sur Laurel Canyon et a quelques centaines de métres du Strip.Leur maison se trouvait derriere le supermarché du boulevard et,de son balcon Jim pouvait observer les allées et venues de leurs voisins,parmi lesquels se trouvaient un ou deux dealers réputés.
Bien que la chanson ait un ton léger,le fait quelle soit basée sur un endroit réel réjouissait les fans."Quand on entendait 'Moonlight drive' on aimait bien,c'était sympa de savoir que la chanson avait été écrite a Venice"raconte Harvey Kubernik,"ou que Soul Kitchen se trouvait a Venice.On decouvrait que dans leurs chansons les Doors parlaient de leur environnement.Ils n'utilisaient pas le nom des rues,ni les adresses mais ils donnaient des détails précis.Et découvrir que 'Love street' était en relation directe avec Laurel Canyon c'était vraiment marrant".
Jimmy Greenspoon de Three dog night habitait aussi 'Love street' quand la chanson est sortie."Danny Hutton et moi nous habitions ensemble a Laurel Canyon, a deux pas de la maison de Jim.Gene clark des Byrds habitait au coin de la rue et Roger Mc Guinn,David Crosby et Chris Hillman sur le trottoir d'en face.John et Michelle Philips étaient la aussi et Cass Elliott habitait un peu plus haut.C'était pareil pour Frank Zappa et sa famille.Tout le monde allait d'une maison a l'autre en s'offrant des gâteaux au chocolat et de la drogue.Le week-end  on laissait les portes ouvertes et on entendait quantité impressionnante de musique qui flottait dans l'air."

vendredi 10 février 2012

When the music's over/album Strange days

Sur le premier album Jim Morrison avait parlé de prendre la route jusqu'au bout de la nuit et déclaré solennellement"c'est la fin".Sur Strange days il chante une fin encore plus décourageante-ce moment où la musique s'arrête et qu'il ne reste plus qu'a éteindre les lumiéres.Comme 'the end' 'when the music's over' est l'une des chansons sur lesquels les Doors ont bâti leur réputation de groupe 'live'.Un élément important de la chanson surgit au cours d'un des voyages du groupe a New-york.En passant en voiture sur Times Square,Jim remarqua une affiche d'un théâtre annonçant un spectacle:The scream of the butterfly(le cri du papillon).Si Jim pouvait emprunter aux légendes celtiques,a la mythologie grecque et a l'existentialisme français,pourquoi pas aussi a la pornographie de Times Square?

Le morceau se transforma pour Jim en un tour de force poétique.Ses mots tour a tour apaisant et attisants,prennent tout a la fois figure d'avertissement plaintif,d'âpre accusation et d'éclatante célébration.La poétesse Linda Albertano,qui entendit le morceau chez Gazzari,fut touchée par la force des paroles de Jim."De nos jours les spectacles de mots sont réservés au café-théatre,alors qu'a l'époque Jim était en train de créer la poésie du peuple,non seulement dans ses propres poémes mais surtout dans ses chansons.Jim ne s'amusait pas a faire de la poésie;il la vivait.Ce qui ressortait toujours c'était l'immediateté du message et l'amour de la langue."
Le groupe prévoyait pour 'When the music's over' le rôle de pilier musical de Strange days et pensait l'enregistrer grâce à la technique utilisée avec succés pour 'the end'.Mais le soir où le titre devait être enregistré a Sunset Sound,tout le monde attendait Jim qui ne vint pas.Pour la plupart des chansons il aurait été facile d'enregistrer séparément les arrangements musicaux et d'ajouter les paroles par la suite,mais sur un morceau ou les paroles comptaient tellement et ou l'intéractivité jouait un rôle majeur,ça s'annoncait difficile.Ray ,Robby et John décidérent d'enregistrer leur partie en se basant sur leurs nombreux concerts live.Le lendemain,Jim fit son apparition et enregistra les paroles.
Par miracle a travers l'enregistrement l'alchimie live du groupe renâit.Densmore avait deviné les endroits ou il devait accentuer les percussions et il parvint a rester pratiquement en synchro avec Morrison,tandis que le Butterfly scream de Robby était impeccable.Le plus grand moment de la chanson se trouve dans la section du milieu alors que Jim déclare qu'avec son public ils veulent "le bout du monde" et qu'ils le veulent maintenant.Il murmure d'abord "Now",puis-éclair de génie- il pose la question en la faisant suivre d'une pause angoissante juste assez longue pour laisser entrevoir l'affreuse éventualité que représenterait le fait d'obtenir ce qu'on a demandé-puis vient l'apotheose,hurlée:"Now!".Les Doors venaient de donner a la postérité une épopée héroique de plus a vous faire tourner la tête...
Certains pensent que cette chanson était la premiere déclaration ouvertement politique de Jim mais celui-ci continuait a se soucier plus de l'âme et du monde spirituel que de la situation politique."A l'époque on pouvait reconnaitre une chanson des Doors dés les premieres notes"déclare Patricia Kennealy Morrison"Personne n'avait le même son qu'eux et personne ne l'a jamais obtenu.C'est pour ça que leur truc marche encore.Ils n'étaient pas seulement en avance par rapport a leur époque,ils étaient carrément en dehors de leur époque...Jim n'était pas aussi engagé politiquement que d'autres chanteurs qui appelaient explicitement a la révolution.Je crois que les Doors aspiraient a quelque chose de plus grand,une révolution plus complexe...Ils pensaient vraiment que le rock pouvait être un rituel chamanique-et qu'ils pouvaient explorer cette relation entre les gens et le pouvoir.Certains pensaient que c'était de la blague et ceux la le pensent toujours,mais eux y croyaient."


dimanche 5 février 2012

I can't see your face in my mind/album Strange days

'I can't see your face in my mind' posséde un trés beau théme mélodique conventionnel et un théme populaire-celui de la séparation d'amoureux.Morrison donne a la séparation un caractére sombre-en cherchant le mensonge qui le délivrera.La voix triste de Jim et les images d'un autre monde s'intégrent aux arrangements délicats et hantés du groupe pour créé un morceau trés convaincant.
En termes de feeling et de contenu 'i can't see your face in my mind' est peut-être a l'opposé de Strange days mais c'est quand même une chanson a part-et un morceau des Doors parfaitement réalisé.Robby utilise de nouveau des lignes subtiles de bottleneck pour créé l'atmosphére et Ray combine ses parties a lorgue avec des morceaux intéréssants qu'il frappe sur son marimba,pour élargir le son du groupe.Le plus intéréssant c'est que la partie de cymbales de John Densmore a été enregistrée a l'envers pour obtenir l'élan doux et rythmique qui sous tend le morceau.
Une fois les répétitions de Strange days terminées Jim Morrison était d'avis que l'expérimentation en studio avait bien payée et que les Doors avaient créé un album qui était a la hauteur de leurs aspirations."Il a toujours pensé que c'était leur meilleur album" raconte Patricia Kennealy Morrison "Il pensait que Strange days resterait dans la mémoire des gens quand le nom des Doors ne serait plus q'un souvenir".


mercredi 1 février 2012

My eyes have seen you/album Strange days

Quand on sait qu'elle a été écrite sur les toits,on comprend la fureur avec laquelle Morrison prononce les premiers mots de la chanson : voici en effet l'un des plus grands hommages au voyeurisme qu'ait connu le rock'n'roll.Perché trois étages au dessus de la rue,Morrison observe tout les objets de son désir:debout dans l'embrasure d'une porte,ils se retournent et fixent leurs regard sur un point quelconque,secouent leurs cheveux.Mais,comme Morrison en a l'habitude la chanson emprunte un ton plus sinistre-cela dépasse la simple confession d'un voyeur émoustillé.Dans le troisieme couplet les "yeux" observent quelqu'un "en train de regarder la ville sous des cieux de télévision",le voyeur est-il lui même sous surveillance?Dans le dernier couplet les "yeux" se transforment en caméra qui photographie les âmes,une pellicule sans fin.Qui est donc celui qui regarde.Jim?Un être omnipotent?Les deux a la fois?Les journaux télévisés?La CIA?.

Comme c'est souvent le cas dans les plus fortes chansons de Jim,on se passe bien de comprendre littéralement les paroles car les mots et la musique qui les accompagne au lieu d'une histoire créent au contraire une atmosphére.'My eyes have seen you' est d'une certaine maniére,la chanson des Doors la plus simple mais elle pose aussi des questions sur le pouvoir et la vie privée,en remettant en question la soif d'images qu'ont les médias et montre du doigt la peur sous-jacente.
Jim avait créé une mélodie de base pour la chanson et le groupe avait mis au point un de ses arrangements ingénieux pour la porter.Au lieu de donner un air solide de rock 'n' roll, Ray inventa un tango rock 'n' roll et créa avec sucés les rythmes scandant le début et la fin des couplets.Robby ajouta quelques superbes lignes de sa guitare torturée,ainsi qu'un solo bref mais explosif.
L'expression "television skies" est un trés bon exemple de la capacité qu'a Morrison d'écrire des mots simples et forts et de former pour nous une image saississante.Du haut des toits ,il surplombe un ensemble de petites maisons et d'appartements,tous surmontés d'une multitude d'antennes de télé.Il doit penser a tout ces postes de télé et aux signaux provenant de ces antennes,rebondissant dans l'atmosphére au dessus de la ville et c'est alors qu'il trouve cette expression puissante pour résumer l'instant "television skies".