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mardi 3 septembre 2013

Riders on the storm,album L.A woman

'Riders on the storm' est le dernier morceau de L.A woman,c'est a dire le dernier morceau sur le dernier album de Jim Morrison avec les Doors.
Malgré tout cette chanson ressemble beaucoup a un nouveau départ et représente une toute nouvelle approche musicale que les Doors auraient pu explorer.La musique qu'avaient produit les Doors auparavant avait un effet hypnotyque mais celle de 'Riders on the storm' est absolument envoûtante.Elle calme tout en térrifiant("killer on the road",tueur sur la route).

Le son jazz et direct du piano électrique de Ray Manzareck donne un style calme et de musique d'ambiance(d'ou la confusion quand Paul Rothchild a traité 'Love her madly' de musique de cocktail)mais le bourdon qui sous-tend le morceau ajoute une tension du meilleur millésime des Doors.
Alors que les premiéres chansons des Doors comme 'Horse latitudes' et 'Five to one' employaient des effets sonores quelques fois discordants,les bruits d'orage subtils qu'on entend  à plusieurs moments plus calmes de 'Riders' sont d'une discrétion efficace et de bon goût.Les paroles de Morrison sont "fantomatiques"(c'est le seul mot qui semble convenir)comme s'il avait deja vu ce qui se trouve de l'autre côté de l'orage!
Morrison,qui voulait tant qu'on le prenne pour un poéte,a adapté l'expression 'riders on the storm' du poéme d'un autre écrivain américain à l'âme troublée:Hart Crane.
Crane est né en Ohio en 1899 et il est mort 33 ans plus tard,en 1932.Durant toute sa vie ,il s'est senti poursuivi par un sens d'échec personnel et il a fini par se se suicider en sautant d'un bateau au Mexique.La poésie de Crane était écrite avec délicatesse mais elle était également complexe.
Crane a écrit beaucoup d'oeuvres courtes mais durant sa vie son oeuvre la plus célébre était le poéme épique The bridge publié en 1930.Avec le pont de Brooklin comme symbole unifiant ,le poéme de Crane explore le psychisme et les mythes américains au travers de la vie de ses villes.Dans Praise for an urn,Crane a composé un magnifique mémorial pour un ami et il décrit les paroles du disparu sur son lit de mort comme des"inheritances-delicate riders on the storm"(heritages,delicats cavaliers de la tempête).
A sa maniére,tranquille et réguliére,en donnant la chair de poule,'Riders on the storm' abordait bien des thémes qui avait dominé les chansons et les poémes précédents de Morrison.L'amour,la mort,le meurtre,la famille et le destin apparaissent tous dans les grooves de 'Riders'.
La chanson contenait également une scéne que Morrison a présentée sous diverses formes:la phrase "killer on the road"(tueur sur la route)semble être directement inspirée de HWY,le film d'art et de route que Morrison avait écrit,mis en scéne et produit.Et Morrison a répété la même scéne macabre dans 'The hitchiker' un morceau parlé sur un théme similaire qui a émergé dans l'album posthume de 1978,An American Prayer.Le public y fait l'expérience directe de ces étranges événements lorsqu'un auto-stoppeur parle a quelqu'un au téléphone et admet avec nonchalance qu'il vient juste de commettre un meurtre alors que 'Riders on the storm' s'entend en musique de fond.
Cette chanson est sortie sur un single en juin 1971 et est montée au numéro 14 du hit parade Billboard.C'était le dernier hit des Doors (en face B il y avait 'The changeling').Comme c'était le cas pour 'Light my fire' il a fallu un montage expert pour que cette chanson de sept minutes puisse passer sur les radios de grande écoute.C'est Bruce Botnick avec l'aide de John Densmore qui concocta  une version dont le groupe,Elektra et les stations radio furent satisfaits.
Aujourdhui,cette chanson vit toujours sur les radios FM où elle est souvent jouée.Elle peut encore provoquer les réactions pour lesquelles les Doors étaient célébres:certains fans adorent et d'autres ont horreur de ça.....mais on l'écoute encore.Les cavaliers continuent leur chevauchée.


jeudi 29 août 2013

The WASP(texas radio & the big beat),album L.A woman

'Texas radio & the big beat' fut l'un des premiers poémes de Morrison a devenir une oeuvre des Doors.Ce poéme apparaissait dans le premier livre d'or des tournées des Doors compilé en 1968:pendant les concerts ,il était souvent utilisé comme intro parlée avant le début d'une chanson(souvent,il débouchait sur 'Love me two times').
Dans L.A woman ce poéme a été allongé et la musique d'accompagnement a été développée pour créer une ambiance émouvante et pleine d'atmosphére autour du mystérieux rythme texan.
Cette chanson-poéme venait de puissants souvenirs d'enfance de Jim:les sons qu'il entendait a la radio quand il était petit.Alors que son pére était muté et que la famille déménageait de la Floride a la Californie ou au Nouveau Mexique,l'un des éléments constants dans l'enfance de Jim était sa radio petites ondes ou il pouvait capter toutes sortes de stations.
Les puissants signaux du Mexique et du Texas s'entendaient jusqu'a Chicago et quand l'intensité du signal changeait,Jim captait des concerts de blues,des programmes de Rhythm ans blues,d'étranges chansons de rock,de la musique éthnique et bien d'autres sons exotiques qui ne passaient jamais sur les stations pop commerciales.
Ce bizarre et fascinant mélange de musique avait eu beaucoup plus d'effet sur Jim que toutes les stations Top 40,et 'The wasp' fut la transcription de ces expériences.
"Je me souviens d'être assise dans la salle extérieure et de l'écouter chanter 'The wasp' "explique Patricia Kennealy Morrison."C'était vraiment incroyable.J'avais vu beaucoup de groupes en studio mais ces séances étaient vraiment spéciales.Jim me disait qu'il savait toujours quand il écrivait quelque chose si ça allait être une chanson ou un poéme.Dés que l'inspiration lui venait il n'y avait aucun doute la dessus.Pour 'The wasp' je sais qu'il voulait que les mots et la musique aillent ensemble et c'est exactement ce qui est arrivé.C'était fascinant d'entendre une telle chose se produire ."
Des parties de 'The wasp' allaient réapparaitre dans la section 'Stoned immaculate" de An American Prayer.


mardi 27 août 2013

Hyacinth house,album L.A woman

Cette chanson ,caractérisée par une musique d'une beauté délicate,inhabituelle pour Ray et Robby,est une ballade au coeur triste.
L'expression 'Hyacinth house' vient peut-être de 'Hyatt House',le célébre hôtel du Sunset Boulevard  ou les groupes de rock'n'roll en tournée s'arrêtaient.Encore une fois,les paroles de Jim ont plusieurs niveaux et il est évident qu'il pensait aussi au mythe de Hyacinthe en écrivant 'Hyacinth house'.
Ce mythe est celui de la mort jeune et de la résurrection par la beauté.Hyacinthe était un beau jeune homme que chérissait Apollon,le Dieu de la lumiére,des prophéties,de la musique et de la poésie.Les deux amis prenaient part a une compétition amicale de lancer du disque quand Apollon,oublia sa force et lança le disque plus loin qu'il ne le voulait:il atteignit Hyacinthe en plein front.Le jeune homme,en sang,s'évanouit dans les bras du Dieu qui se mit a pleurer.Alors que Hyacinthe mourait,Apollon promit de le rendre immortel et sur le sol taché de sang poussa la fleur qui allait rendre le nom du jeune homme immortel.
Quand il écrit 'Hyacinth house',Jim Morrison n'était plus un 'beau jeune homme':c'était un homme lourd et mal tenu.Mais l'histoire de Hyacinthe,celle d'un esprit jeune coupé a la fleur de l'âge et dont on se souvient grâce a la beauté qu'il a créée,l'intéressait.Il pouvait chanter 'Hyacinth house' avec des accents de tristesse pour lui-même,pour les Doors et, a un niveau plus élevé,pour la nation.Le chanteur,le groupe et le pays n'étaient plus jeunes,innocents et beaux et ils seraient tous heureux d'avoir un "brand new friend"(ami tout neuf)qui ne demanderait rien en retour.
Dans une phrase bizarre de 'Hyacinth house' Jim annonce presque tristement que "the bathroom is clear"(la salle de bains est libre).Il se peut que cette phrase ait eu un sens caché pour Jim mais la salle de bains du Doors Workshop a effectivement joué un grand rôle dans l'enregistrement de L.A woman.
"Pendant ces séances,la salle de bains était notre chambre de résonance"déclare Bill Siddons "Donc c'était tout a fait normal de voir Jim chanter dans la salle de bains.Je me souviens aussi de voir Jim boire 36 biéres en une journée pendant les séances de L.A woman.C'était un nouveau record pour lui.Et évidemment,ce jour là la salle de bains était trés utilisée."


mercredi 21 août 2013

L'America,album L.A woman

Robby Krieger avec une note de guitare fondue et ruisselante(qui pourrait bien entamer une reprise de 'Wild thing' par les Doors)ouvre le morceau le plus bizarre de L.A woman,'L'America'.
Plutôt que de suivre une progression blues cette chanson est bâtie sur un riff de guitare,de basse irrégulier et tombant qui accompagne les paroles obsédantes et mélodieuses de Morrison.La chanson contient quelques morceaux de blues libre mais 'L'America' semble un peu déplacée dans 'L.A woman' comme si c'était une section manquante de 'The celebration of the lizard'.Cette chanson provenait des répétitions du groupe deux ans avant les séances de L.A woman et devait figurer sur la bande son d'un film de Michael Antonioni en 1969,Zabriskie Point.
Aprés avoir écrit et mis en scéne Blow up,son premier film en anglais,en 1966,Antonioni s'est retrouvé a la pointe de la mode branchée.Ce film était un étrange mélange de film d'art,de mystére policier et de revue de mode.Il a attiré un grand public,en partie parce qu'on y voyait des corps nus et parce qu'il permettait de découvrir les clubs les plus chauds de Londres(la musique des Yardbyrds figurait dans une scéne de club).
Dans Zabriskie Point,Antonioni a tourné ses regards vers l'Amérique et il a tenté d'explorer les marées d'évolution sociale a travers les errances quelquefois sans but d'un étudiant de Los Angeles.Cet étudiant échappe a des manifestations violentes,vole un avion et traverse une série d'épreuves au milieu de la Death valley.
La révolution,le déclin américain,les révélations du désert:les images de Zabriskie Point semblaient correspondre de maniére naturelle a la musique des Doors.Quand Antonioni dit qu'il serait prêt a utiliser une chanson des Doors sur la bande son,Morrison puisa dans des images qu'il avait rassemblées dans ses carnets et il composa 'L'America'.
Le titre était une abréviation de "Latin America"(Amérique Latine)et de L.A.La chanson décrit un étrange voyage au sud.Morrison parle d'étrangers sympathiques qui envahissent une ville ou on ne les considére pas du bon oeil,alors que 'the women loved their way'(les femmes adoraient leurs maniéres).Jim se laisse aussi aller a des jeux de mots adolescents en faisant rimer "change your luck"(change ta chance) avec "how to......find yourself"(comment...te trouver toi-même).
On trouve dans cette chanson un intéréssant mélange de menace et de libération mais ce n'étais pas ce que recherchait Antonioni.Aprés avoir écouté la chanson au Doors'Workshop' il refusa de l'utiliser dans Zabriskie Point.(Les Doors n'auraient pas gagné grand chose a s'associer au film:il n'a pas marché du tout et il a été démoli par les critiques.)
L'atmosphére de L'America est différente de celle de la majorité des autres chansons de L.A woman dont elle se dissocie aussi a un autre niveau.Alors que la plupart des autres morceaux ont été enregistrés live,souvent en quelques prises seulement,L'America a nécessité de longues séances d'enregistrement."J'avais horreur du studio,simplement parce que le rythme me rendait fou"explique Bill Siddons."Je me souviens d'être arrivé quand ils faisaient 'L'America' et ils en étaient a la prise 33 je crois.Je pense que ça a enlevé toute l'émotion de cette chanson."
Il se peut que cette chanson ait eu une signification particuliére pour les membres du groupe,qui se rendirent en Amérique Latine en juillet 1969.Les Doors devaient donner un concert dans la plus grande aréne de Mexico La Plaza Monumental,en juin,et le groupe attendait ce spectacle avec impatience:ce serait le premier concert de rock dans ce stade géant et ils voulaient réduire le prix des billets pour que les moins riches puissent eux aussi venir les voir.
Mais il se trouva que la date choisie pour le concert tombait le jour du premier anniversaire d'une rebéllion étudiante a Mexico et les officiels pensaient que le spectacle des Doors pourrait servir de poudriére a de nouvelles manifestations.Aprés bien des pourparlés sur les dates et les salles,les promoteurs mexicains qui s'occupaient du concert installérent les Doors au Forum Club,un club-restaurant élégant de 1000 places.
Avec des places chéres et un public sélect,le Forum Club était tout le contraire du type de salle que voulaient les Doors mais aprés Miami il n'étais pas facile de trouver des concerts et ils acceptérent de jouer là quatre soirs de suite.Le groupe fut trés apprécié et le public réagit avec enthousiasme quand Jim présenta les membres du groupe sous le nom de Ramon Manzarek,Roberto Krieger et Juan Densmore.


lundi 19 août 2013

L.A woman,album L.A woman

"L.A" est une abréviation trés couramment employée pour désigner Los Angeles mais l'ambiguité du titre "L.A woman" repose sur le fait que "L.A woman" peut aussi bien signifier  "Femme de Los Angeles" qu'assimiler la ville a une femme.Los Angeles est un paradis accueillant construit dans un désert qui ne pardonne pas :un lieu de rêves et d'espoirs mais aussi un noeud de cauchemars qui rongent l'âme.L.A semble promettre que tout peut arriver mais on ne sait pas si ça sera merveilleux ,ennuyeux ou fou.Il n'y a aucune garantie:l'inspiration ou la dépression peuvent soudain s'emparer d'un résident au même moment.
Aucun autre rocker n'a sans doute reussi a exprimer les contradictions provocantes de cette ville noyée de soleil et secouée par les tremblements de terre aussi bien que Jim Morrison.La musique qu'il a créer avec les Doors est remplie de la peur,de l'émerveillement,de l'exaltation et du poids curieux de la vie en Californie du sud.Il est logique que,pour son dernier album,la chanson la plus forte,celle qui sera jouée a fond dans les auto-radios aussi longtemps que les voitures et les autoradios existeront,soit un hymne accusateur a la ville natale adoptive de Morrison.Et 'L.A woman' est également un adieu musical qui vient du fond du coeur.
Cette chanson ne s'adresse pas vraiment a une personne mais a la cité elle-même et il s'agit du résumé un peu attristé que fait Morrison de cette ville tentaculaire qu'il a tant aimée.Les cheveux de la femme(les collines de la ville)brûlent.Dans les banlieues,il n'y a rien que du blues.Et les routes et allées ménent a la solitude.En quatre mots merveilleusement concis,Jim résume l'atmosphére secréte de L.A:motel,argent,meurtre,folie.
Ce n'était pas une perspective originale:des écrivains comme Raymond Chandler,James Cain et Nathaniel West avaient également décrit Los Angeles sous des trais noirs.Morrison a emprunté l'une des phrases principales de 'L.A woman'-'City of Night' au titre d'un roman de 1963 de John Rechy.Ce livre racontait les sinistres mésaventures de jeunes prostituées  homosexuels a Hollywood et pour les décrire Rechy utilisa l'expression 'lost angels'(des anges perdus),que Morrison adapta pour 'L.A woman'.
La section la plus captivante de la chanson est au milieu quand le tempo se ralentit et que Jim commence a chanter quelque chose sur "Mister Mojo Risin"(Monsieur Mojo se léve).Dans cette section les Doors sont a leur summum,chaque membre du groupe excelle dans l'accompagnement de Morrison. C'était l'idée de John Densmore d'accélerer le tempo lentement(pour symboliser le mojo levant de Jim)jusqu'a ce que la chanson reprenne son tempo original explosif avec un magnifique solo de Robby.
C'était un album de blues,et le groupe n'était pas surpris d'entendre Jim faire référence a son 'mojo'.C'est seulement aprés l'enregistrement que Jim expliqua aux autres que "Mr Mojo risin" était un anagramme de 'Jim Morrison'.Plus tard il dit en riant que si jamais il disparaissait en Afrique comme son héros Rimbaud,il utiliserait cette expression comme mot de passe s'il voulait contacter quelqu'un.
L'intention originelle de Morrison était peut-être de présenter dans cet album sa vision de son ancienne patrie,L.A et de sa nouvelle,Paris.Ses sentiments a l'égard de la premiére étaient clairs dans 'L.a woman'et ses idées de la seconde apparaissent dans une chanson nommée 'Paris blues',qui a été enregistrée pendant l'une des séances en studio mais qui n'est pas sorti sur l'album.'Paris blues' emploie également la convention littéraire de parler de la ville comme d'une femme et mentionne clairement l'impatience de Jim a "start my life all over again"(recommencer une vie).
Les Doors ont donné une image spécifique de la 'Femme de L.A':elle apparait sur la jaquette de l'album sous les traits d'une jeune femme crucifiée sur un poteau téléphonique.
Cette image a créé un intéressant écho dans la carriére des Doors:leurs visages occupaient la toute premiére affiche de rock'n'roll sur le Sunset Boulevard et cinq ans plus tard alors que le Sunset Boulevard était rempli de publicités pop grand format,l'image de L.A woman fut leur seconde et derniére affiche sur le strip.
Comme la fait remarquer John Densmore dans Riders on the storm,la premiére affiche était tournée vers l'est,vers le soleil levant et une nouvelle journée.L'affiche de L.A woman elle était tournée vers le soleil couchant.Malheureusement,l'époque des Doors avec Jim Morrison était arrivée a sa fin.


mercredi 14 août 2013

Cars hiss by my window,album L.A woman

On se souvient surtout des Doors comme un groupe au style bien particulier:il y a une certaine grandiloquence sombre dans la musique et une portée formidable des idées exprimées dans les paroles.On n'a pas souvent l'impression que les Doors sont le genre de groupe qui fait des jams dans un garage et pourtant c'est exactement le style de 'Cars hiss by my window'.
Deux guitares paresseuses,la basse floue de Jerry Scheff et le travail expert de John Densmore a la batterie forment un blues fiévreux a la Howlin' Wolf couronné par Morrison qui fait un amusant solo imitant une guitare blues.
La chaleur de la musique refléte l'amitié et l'unité que le groupe a reussi a retrouver pendant les séances d'enregistrement  de l'album.Le batteur Bruce Garry,qui est devenu membre du Knack puis a beaucoup travaillé avec Robby Krieger sur les projets de solo du guitariste,fut invité au 'Doors Workshop' quand 'Cars hiss by my window' a commencé a prendre forme.
"Je me souviens que j'ai écouté John,Ray et Robby jouer pendant un moment puis Jim est arrivé,gros et mal habillé,sans doute un peu ivre.Ils ont fait un jam sur du vieux blues,trés détendu,et c'était simplement fascinant de les voir travailler.Quand ils étaient tous les quatre absorbés par la musique,ils pouvaient encore faire quelque chose d'incroyable.Ils étaient toujours un groupe génial.Et j'étais vraiment content en repartant parce que John m'avait donné une paire de ses baguettes spéciales".
'Cars hiss by my window' a une atmosphére détendue et sympa mais les paroles sont pleines des terreurs nocturnes classiques de Morrison.Cette chanson est sans doute la lamentation post coitale sur disque qui vous donne le plus la chair de poule.Il y a une fille a côté de Jim mais elle est "out of reach"(hors d'atteinte).
L'amour a disparu et il n'y a plus de rapports entre ces deux amants.Au lieu de mots doux et de soupirs,le seul bruit dans la piéce est celui des voitures qui passent (en faisant le même bruit que les vagues)et des avions qui font vibrer les fenêtres.A la fin de la chanson,Jim déclare avec suffisance que cette "cold girl"(fille froide)pourrait bien le tuer a la nuit tombée.
'Cars hiss by my window' est la derniére chanson des Doors a venir de paroles que Jim avait écrites dans ses carnets de Venice.


mercredi 31 juillet 2013

Been down so long,album L.A woman

Le morceau blues-rock le plus incisif et le plus dur de L.A woman,'Been down so long' démontre encore une fois que Jim Morrison vivait rarement sans un livre en main.
Le titre et la phrase principale venaient de paroles de blues familiéres et souvent utilisées mais c'était aussi le titre d'un roman que Jim avait énormément apprécié: Been down so long it looks up to me de Richard Farina.
Aprés sa publication en 1966,ce livre a été beaucoup lu et on l'a présenté comme une sorte de témoignage de la contre-culture.Le héros du roman,Gnossos Papodoupoulis,est une âme errante et sans repos qui essaie de garder le calme a travers une série de circonstances difficiles(souvent sans se rendre compte dans quelle mesure ses propres actions décident de son sort).Gnossos rage contre la disparition imminente de sa jeunesse et pense trés sérieusement qu'il est 'immunisé' et 'exempté' de la médiocrité de la société qui l'entoure ainsi que des responsabilités que la société veut lui donner.
L'auteur Richard Farina était également un chanteur de folk connu.Sa femme,Mimi,était la soeur cadette de Joan Baez et ensemble,les Farinas ont sorti deux albums en 1965 et 1966,Celebrations for a grey day et Reflections in a crystal wind.
Les paroles des Farinas étaient a la fois personnelles et conscientes de la société,évitant souvent les conventions pop en faveur d'une approche folk traditionnelle.Ils ont également essayé un mélange de poésie et de paysage musicaux,combinaison a laquelle Morrison allait beaucoup s'intéresser plus tard.
La carriére de Richard Farina comme chanteur/compositeur et romancier s'est terminée tragiquement tôt:il est mort dans un accident de moto quelques jours aprés la publication de Been down so long it looks like up to me(En 1968,un troisieme album de musique inedite des Farinas est sortit a titre posthume).
Morrison aimait beaucoup ce roman.Quand des amis lui demandaient des idées de lecture,il se trouvait sur sa liste de recommandations officieuses.Mais les paroles de 'Been dow so long' ne se rapportent pas spécifiquement a l'histoire de Gnossos Papodoupolis.Morrison offre plutôt une sorte de manuel sur la méthode de composition de cet air de blues simple:le premier couplet est une présentation braillée du blues en général,le second couplet est une supplique de liberté a un gardien et au troisiéme couplet il demande une faveur sexuelle(quand Jim demande a une petite chérie de se mettre a genoux et de lui donner son " amour",ce ne sont pas des fleurs et des chocolats qu'il veut).Enfin,Jim beugle une définition générale du blues.
Comme la plupart des morceaux de L.A woman cette plage a été enregistrée presque entiérement live en studio.Outre la voix plein volume de Jim on se régale aussi de la super interaction musicale entre Robby et le guitariste Marc Benno.
C'est aussi l'un des rares morceaux des Doors sans claviers(il se peut que Manzareck ne se soit pas tourné les pouces durant toute la chanson:au troisiéme couplet il y a une guitare supplémentaire dont le style ressemble bien a celui de Ray.)
Certains observateurs des Doors ont considéré que le retour du groupe au blues était un peu un retrait dans l'ombre,un abandon de la couronne du Roi lézard.Mais dans une chanson comme 'Been dow so long' si simple on retrouve quand même toute la peur,tout le thêatre et toute la confusion dont débordait 'The end'.
Cinq ans avaient passé mais le groupe était encore là,tout comme sa musique.Mais maintenant le message était réduit a son essentiel.


dimanche 7 juillet 2013

Love her madly,album L.A woman

Dés sa sortie L.A woman avait été annoncé comme un surprenant retour en forme des Doors par ceux qui avaient commencé a considérer ce groupe comme fini : les chansons étaient denses et pleines d'énergie,la production simple et la voix de Jim Morrison était de nouveau un instrument de rock puissant et efficace.
'Love her madly' était le premier 45 tours des Doors a sortir depuis un an exactement(le dernier,'You make me real'/Roadhouse blues' était sorti en mars 1970) et le groupe se sentit trés encouragé quand la chanson grimpa au numéro 11 des hit parades américains.La face B était '(You need meat)Don't go no further' un air de Chicago blues chanté par Ray Manzareck qui n'est pas sorti sur l'album mais qui allait réapparaitre dans la compilation de 1972,Weird scenes inside the goldmine.
Les meilleures chansons de Robby Krieger pour les Doors 'Light my fire','Love me two times','Touch me' exprimaient des moments intimes entre amoureux.Dans 'Love her madly' Robby changeait de tactique.Les paroles ne sont pas des mots doux mais plutôt des confidences offertes a une oreille sympathique alors que sa relation amoureuse se désagrége.
Le concept des paroles de 'Love her madly' donne a la chanson un côté intéressant.Plutôt que de transcrire une lamentation d'amoureux décu,l'adieu amer d 'un ex ou une supplication du genre "bébé reviens",Krieger aime son amie encore plus irrationnellement,précisément parce qu'elle se dirige vers la porte.
'Love her madly' etait un choix facile pour un premier single:son style musical entrainant et le son aux subtiles superpositions en faisait un morceau parfait pour la radio.Mais quand cette chanson était travaillée au cours des répétitions de L.A woman,le producteur Paul Rothchild n'en pensait pas grand chose.Les Doors ont toujours dit que Rothchild avait refusé de participer a L.A woman parce qu'il n'aimait pas 'Riders on the storm',qu'il avait traité de 'musique de cocktails'.Mais dans une interview en 1981 pour BAM,Rothchild déclara que c'était 'Love her madly' qui lui avait posé le plus de problémes au début des répétitions pour L.A woman au Doors Workshop.
"A ce moment-là,ils avaient seulement quatre ou cinq chansons suffisamment définies pour être jouées comme telles.Les plus complétes étaient 'L.A woman' et 'Riders on the storm' et je pensais qu'elles étaient toutes les deux de super chansons.Mon probléme c'était que je n'arrivais pas a les leur faire jouer correctement.C'était comme de regarder un vieillard de 80 ans essayer de faire un marathon.On est entrés en studio et c'était horrible.De l'ennui du sol au plafond.Je me suis remué le cul pendant une semaine mais c'était toujours aussi mauvais.Je leur rentrais dans le lard et je leur disais ce que je pensais.J'espérais que ça les mettrait assez en colére pour leur faire faire quelque chose de bien : 'C'est pas du rock c'est de la musique d'ambiance! 'Mais le coeur n'y étais plus.Je n'ai pas dit ça a propos de 'Riders on the storm'.'Love her madly' était la chanson dont je parlais.C'est cette chanson qui m'a fait quitter le studio.Ca ne change absolument rien qu'elle leur aie fait vendre un million de disques."
'Love her madly' symbolise la situation confuse des Doors en 1971:c'est précisément la chanson qui avait causé le départ de leur collaborateur qui est devenue le plus grand hit de leur dernier album.Cette chanson aurait sans doute été utilisée en début de concert si les Doors avaient pu faire une tournée pour L.A woman : c'est le rôle qu'elle a joué dans les deux derniers concerts du groupe,les 11 et 12 décembre 1970,au Dallas Music Hall et a la Warehouse a la Nouvelle Orleans.


lundi 1 juillet 2013

The changeling,album L.A woman

'The changeling' était une chanson assez ancienne de Morrison,que le groupe a enfin décidé d'enregistrer pour L.A woman.Elle avait été composée en 1968,a l'époque ou Jim écrivait des choses comme 'Wild child' et 'Shaman's blues' et au plan thématique elle a un certain rapport avec ces deux chansons.Dans le folklore,le 'changeling' est une créature de l'autre monde qui est substituée a un enfant humain par des esprits maléfiques ou espiégles.De l'extérieur le Changeling est  identique a l'enfant volé mais reste toujours en rapport avec le monde des esprits.
Quand Morrison a composé cette chanson,il pensait a l'évolution qu'il subissait aux yeux du public:d'une idole rock'n'roll sexy a un chanteur moins bien compris,plein de subtilités et de contradictions.C'était un moyen pour lui de faire savoir au public qu'il n'était pas exactement qui il pensait ou qui il voulait.
Quand Morrison chante la chanson a pleine voix,il souligne une autre transformation:il est prêt a tourner le dos complétement au rôle de chanteur de rock et veut s'éloigner du sensationnalisme de sa vie de star(et de la presse).'The changeling' devint pour Jim un manifeste de sa volonté de passer a une nouvelle phase de sa vie ,ou son but principal serait de se plonger dans la création poétique.
Quand il dit dans la chanson qu'il va quitter la ville,c'est exactement ce qu'il fit en réalité dés que l'album fut terminé.
Jim Morrison était brisé quand il a enregistré 'The changeling',mais cette chanson reste un morceau incroyablement vibrant.Il montre qu'il reste capable de paroles inspirées et 'The changeling' est plein d'énergie."Beaucoup de gens avaient fait une croix sur Jim aprés l'été 68"explique Patricia Kennealy Morrison "Les gens ne voulaient pas vraiment le laisser évoluer...ils voulaient qu'il reste cette icône pour toujours.Quand j'ai entendu 'The changeling',je me suis dit 'Ca y est il est sorti d'affaire'.C'est une chanson trés autobiographique et il nous disait qu'il était déja parti.L'album tout entier était comme un au-revoir."
Malheureusement cet album est devenu un triste adieu.Jim a quitté Los Angeles pour Paris en mars 1971.L.A Woman est sorti en avril et son succés a été immédiat.'The changeling' est sorti en juin sur la face B de 'Riders on the storm',le dernier single des Doors avec de nouvelles chansons.
Mais début juillet,avant même que la plupart des fans n'aient pu acheter l'album ou le single et entendre Jim crier 'see me change'(regardez-moi changer),Jim Morrison avait disparu pour toujours.

mercredi 26 juin 2013

The celebration of the lizard,album Absolutely live

Absolutely live est un album important pour les Doors,ne serait-ce que parce qu'il contient la seule version complété de l'oeuvre la plus ambitieuse de Jim Morrison pour les Doors,'The celebration of the lizard',enregistré aux spectacles de l'Aquarius a L.A.
Pendant les séances d'enregistrement de Waiting for the sun,Morrison avait manqué de concentration et il n'avait pas pu enregistrer la totalité de ce morceau.La seule partie enregistrée était 'Not to touch the earth'.
Le poéme 'Celebration' dans son entier était imprimé a l'intérieur de la pochette de Waiting for the sun et au début il était joué sur scéne sous la forme d'un récitatif de Morrison avec de la musique d'accompagnement avant d'être transformé par les quatre musiciens en un sensationnel poéme épique.Morrison était heureux de voir que ce morceau était devenu une partie importante des concerts des Doors mais il regrettait de ne pas l'avoir enregistré en entier.
En parlant de la version enregistrée pour Absolutely live il avait déclaré a Circus:"J'aime 'The celebration' même si ce n'est pas une version géniale de ce morceau.Mais je suis content qu'on l'ait sorti parce qu'autrement je ne crois pas qu'on l'aurait enregistré.Si on ne l'avait pas mis sur un album live on l'aurait mis de côté pour toujours Je suis content qu'on l'ait fait,même sous cette forme imparfaite."
Dans la version compléte,'The celebration of the lizard' est composé de sept sections:'Lions on the street",'Wake up','A little game','The hill dwellers,'Not to touch the earth','Names of the kingdom et 'The palace of exile'.Certaines phrases et images du poéme venaient des carnets que Jim avaient remplis a Venice et une version antérieure de 'A little game',chanson quelquefois nommée 'Go insane',était l'un des six morceaux sur la bande démo que le groupe avait enregistrée aux World Pacific Studios en 1965,avant l'arrivée de Robby.(Dans cette version-là,Morrison chante ce morceau comme une exaltation hurlante mais dans 'The celebration of the lizard',elle est chantée avec bien plus d'humour et de taquinerie).
'Celebration',même sous sa forme compléte dans Absolutely live,ne fonctionne pas tres bien.Le récit est décousu et difficile a suivre.Mais il y a de nombreux moments captivants dans ce morceau:le sexe et la terreur se mélangent dans 'Wake up',les innocents fuient des peurs anciennes dans 'The hill dwellers' et Jim annonce un retour triomphant pour tous dans 'The palace of exile'.
Le morceau,tel qu'il est joué dans Absolutely live a beaucoup évolué depuis sa transcrition sur la jaquette de Waiting for the sun.'Wake up' comporte maintenant la description d'une femme avec des cheveux noirs et une douce peau blanche (description qui correspond a Pam Courson tout comme a Patricia Kennealy).Le début de 'The hill dwellers' a été modifié("back where there's never any pain" (de retour ou il n'y a jamais de douleur)devient 'back where there's never any rain'(de retour ou il n'y a jamais de pluie).
Les vers de 'The hill dwellers' et 'Not to touch the earth' sont présentés dans un ordre un peu différent et,sous sa forme écrite originelle,quand Jim annonce qu'il est le roi lézard qui peut tout faire,les deux vers suivants:"I can make the earth stop in its tracks,I made the blue cars go away"(Je peux empêcher la terre de tourner,j'ai fait partir les voitures bleus)n'étaient pas sortis sur vinyl dans 'Not to touch the earth" sur Waiting for the sun et ne figurent pas non plus dans le concert de Absolutely live.
Les reptiles de 'Celebration' étaient des créatures familiéres pour Morrison:quand il était petit a Albuquerque,au Nouveau Mexique,il aimait poursuivre et attraper des crapauds cornus et des lézards.Mais c'est un livre sur les reptiles qui a donné a Jim l'idée de commencer a travailler sur 'The celebration of the lizard'."La premiére phrase du livre m'a frappé : 'les reptiles sont les descendants d'imposants ancêtres'"expliquait-il au Los angeles free press en 1971."Et autre chose,ils sont d'un anachronisme complet .Si tous les reptiles du monde devaient disparaitre demain,l'équilibre de la nature ne serait pas du tout modifié .Ce sont des espéces totalement arbitraires.Je crois que si c'était possible pour une créature,ils pourraient survivre a une autre guerre mondiale ou a un empoisonnement total de la planéte.Je pense que les reptiles trouveraient un moyen de l'éviter.En outre on ne doit pas oublier que le lézard et le serpent sont associés a l'inconscient et aux forces du mal.'Celebration of the lizard' était une sorte d'invitation aux forces des ténébres".
Quand cette invitation fut lancée au public du Los Angeles Forum en décembre 1968,le journaliste et producteur Harvey Kubernick était parmi les adolescents qui assistaient au concert ,et il fut stupéfait."Le public était bruyant et un peu fou et les gens n'arrêtaient pas de demander 'Light my fire' se souvient-il."Mais Morrison a reussi a calmer la foule.Il a demandé une cigarette a quelqu'un au premier rang et puis il nous a dit qu'il allait nous lire de la poésie.Il avait un carnet avec lui et le groupe l'accompagnait quand il lisait 'The celebration of the lizard'.C'etait trés bizarre et trés spécial...j'étais deja aller a des concerts de rock mais je n'avais jamais vu ça.Et on aurait dit que le public collaborait vraiment avec le groupe,on était complétement impliqués.C'était pas le genre de truc qui recevait une ovation mais c'était évident que ça avait un impact sur tout le monde.Quand je suis sorti du concert ce soir là,je ne voulais pas jouer dans un groupe,je ne voulais pas être Morrison,je ne voulais pas porter de cuir.Mais le monde semblait un peu différent.Si on était prêts a écouter 'Celebration of the lizard' on n'était plus des gamins".
Patricia Kennealy Morrison avait vu les Doors donner 'Celebration' a un concert au Fillmore East a New York en mars 1969 et elle aussi avait été impressionnée.
"Ca m'a complétement bouleversée.Je n'avais jamais vu un public aussi silencieux.Ca semble miévre de dire ça,mais Jim tenait tout le monde dans le creux de sa main.Je n'ai aucune idée de la façon dont il a appris a contrôler un public comme ça,juste avec ses mots et sa présence.J'ai vu des spectacles ou ça n'a pas marché,le public ne voulait pas se donner la peine.Mais quand le public était en forme,quand le groupe était en forme et quand Jim était en forme,'Celebration' était phénoménal,c'était magique."
Le spectacle de Absolutely live reproduit une bonne partie de cette magie et il y a une grande empathie entre les mots de Jim et la musique parfois douce,parfois violente du groupe.
Ceux qui n'étaient pas emballés par 'The celebration of the lizard' l'ont souvent critiqué en disant que c'était l'une des chansons les plus estudiantine,vague et prétentieuse de Jim Morrison.
Mais peu aprés la sortie de l'album,Morrison déclara qu'il était surpris que tant d'auditeurs aient pris au sérieux les sections les plus sombres de son intense poéme épique.
"C'était de l'humour",expliquait-il"Je ne crois pas que les gens se rendent compte.Il ne faut pas le prendre sérieusement.C'est comme quand on joue le méchant dans un western,ça ne veut pas dire que c'est vous.C'est juste un aspect que vous gardez pour le spectacle.Je prends pas ça vraiment sérieusement.C'est censé être ironique."

vendredi 21 juin 2013

Break on through 2,album Absolutely live

L'un des meilleurs moments de Absolutely live est lorsque le groupe s'éclate sur l'ouverture de 'Break on through'.John Densmore se défonce a la batterie avant de s'installer dans le rythme familier,Ray se fait plaisir a l'orgue avant de prendre la partie de basse et Robby accentue son riff avec des descentes le long du manche de sa guitare.Mais Jim n'attend pas tranquillement de commencer la chanson a proprement parler et commence a parler de chats et de rats morts qui portent un haut de forme et prétendent être des aristocrates.Aprés quelques jeux de mots pleins d'entrain,il conclut en disant "That's crap"(c'est de la merde).
Ce court passage contient des images sombres typiquement Morrisonnienes("sucking on a young man's blood"-sucer le sang d'un jeune homme)mais plutôt que d'être imposant,Morrison donne l'impression de se faire plaisir.Le sens de l'humour de Jim n'a pas souvent été pris en compte dans les analyses de sa musique mais cette intro improvisée prouve bien l'humour espiégle (noir,c'est certain) dont Jim et le groupe faisaient preuve sur scéne.
Dans une interview de 1970 pour le magazine Circus avec Salli Stevenson,Jim expliquait son sens de l'humour "Je me considére comme un être humain intelligent et sensible avec l'âme d'un clown,ce qui me force toujours a tout gâcher aux moments cruciaux."

samedi 15 juin 2013

Universal mind,album Absolutely live

'Runnin' Blue' sur The Soft Parade était l'hommage peu reussi que faisait le groupe a Otis Redding.Mais 'Universal mind' était bien plus prés de l'esprit des ballades blues émouvantes que Redding reussissait si bien(C'est aussi le genre de morceau sur lequel Janis Joplin adorait s'éclater).La chanson débute sur le même genre de jeu délicat de Krieger et sur les mêmes paroles légéres de Morrison utilisées au début de 'The Unknwon Soldier' mais passe rapidement a son propre groove.La majorité des morceaux blues des Doors avait une certaine énergie rock mais les tons mineurs et le ton 6/8 de 'Universal mind' le rendent différent:c'est un air de blues plus ancien,plus triste et plus angoissé.
La tristesse est mise de côté pendant un instant au milieu de la chanson quand Ray,Robby et John se lancent dans un petit pont de jazz pur.Cette section continue pendant quelques mesures,avec de superbes passages syncopés de Ray et Robby.Mais le groove mélancolique reprend rapidement et le groupe le poursuit jusqu'a la fin.
Par rapport a beaucoup de chansons des Doors 'Universal mind' n'est pas trés dense mais ses paroles ont un style honnête et personnel que Morrison n'employait pas souvent."I was doing time in the universal mind"(je faisais mon temps dans l'esprit universel)est un bon descriptif de la vie de Jim en tant que star du rock:son succés l'a forcé a se voir devenir un produit de l'imagination,du désir et du mépris du public.
Il dit qu'il "setting people free"(libére les gens),il pense qu'il "was doing all right"(allais tout a fait bien) mais aprés une rencontre avec quelqu'un qui porte une "suitcase and a song"(valise et une chanson),Jim se retourne et s'aperçoit qu'il est seul et qu'il cherche la sympathie dans tous les visages qu'il rencontre.Le caractére poignant et glaçant de la chanson passe bien a la derniére ligne.
On peut voir aussi une autre interprétation dans cet esprit universel face a la solitude venant de la rencontre de quelqu'un avec une valise et une chanson : c'est la cassure de l'esprit universel ou esprit universitaire de la connaissance et l'esprit de la musique.Aprés avoir raconté cette triste histoire énigmatique,Morrison annonce que "I'm the freedom man"(je suis l'homme de la liberté) et on dirait qu'il ne s'agit pas de quelque chose de trés agréable.Le "freedom man" est-il l'homme véritablement libre,l'homme censé être libre,l'homme que l'on considére libre ou l'homme qui représente la liberté pour les autres?Morrison n'explique pas quelle sorte de 'freedom man' il est mais cette ambiguité est précisement ce qui donne a cette chanson sa tristesse émouvante.'Universal mind' est un autre exemple de la capacité de Morrison a écrire des chansons infiniment nuancées avec des mots simples.

dimanche 9 juin 2013

Build me a woman,album Absolutely live

Dans une interview de 1970,Jim Morrison décrivait son groupe ainsi: "Les Doors sont un groupe de blues avec de fortes doses de rock'n'roll,une mesure de jazz,des éléments populaires et un soupçon d'influences classiques...mais en un mot,c'est un groupe de blues blanc."
Morrison pouvait intégrer Nietzsche,Kafka,Kerouac et Blake dans sa musique mais il adorait aussi gueuler un bon blues,souvent accompagné avec enthousiasme par Ray Manzareck,dont l'une des premiéres passions musicales était le blues électrique de sa ville natale Chicago.'Build me a woman' est construite autour d'un motif blues et le théme principal de ses paroles est que Jim veut une femme géante('dix pieds de haut')qu'il pourrait baiser toute la nuit.Il lance le morceau en annonçant qu'il a le 'poontang blues'(le blues de la chatte).Ce n'est pas de la grande littérature mais c'est tout de même une chanson que les Doors pouvaient exécuter avec énergie durant un concert sans s'inquiéter des couplets,refrains,ponts ou indices musicaux:Ray ,Robby et John se contentaient de concocter le groove a trois accords et Jim hurlait a qui mieux mieux.'Build me a woman' est une chanson démagogue,non pas pour faire plaisir au public mais a Morrison.
"Il y a des chansons que j'aime faire en scéne plus que d'autres",déclarait Jim a Rolling Stones en 1969."J'aime chanter le blues...ces longs blues libres ou il n'y a pas de début ou de fin spécifiques.Ils prennent leur groove et je peux me mettre a inventer des trucs.Et tout le monde fait un solo.J'aime cette sorte de chanson plutôt qu'une simple 'chanson'.Vous voyez ce que je veux dire,juste commencer sur un blues et voir ou il nous méne."
Les Doors interpréterent 'Build me a woman' parmi des chansons de The Soft Parade dans l'émission télévisée qui leur fut consacrée en 1969.Aprés Miami,Jim et le groupe étaient particuliérement contents de participer a une émission qui les traitait avec respect mais qui leur permettait aussi de travailler sans s'inquiéter de la censure.
Ils mirent cette liberté a profit pour 'Build me a woman' quand Jim introduisit les paroles 'I'm a sunday trucker Christian motherfucker"(je suis un camionneur du dimanche un chrétien qui baise sa mére).Par souci de la décence,il a un peu marmonné ces paroles(aprés tout,qui voulait provoquer un autre Rallye pour la Décence?)mais leur signification est bien passée quand même.Et ce couplet se finissait aussi par un peu de blues humoristique pour l'ére nucléaire:"I'm a three-eyed boy,lookin' for a a twelve-toed girl"(je suis un garçon a trois yeux qui cherche une fille a douze orteils).
Evidement certaines de ces paroles furent conservées quand le groupe jouait cette chanson en concert mais pour éviter le mot 'motherfucker'(qui baise sa mére)il a également fallu éliminer le camionneur,le garçon et la fille anormaux sur la version qui est sortie sur Absolutely Live.

Deux videos :1) celle de Absolutely live 2) celle de l'emission de 1969



jeudi 6 juin 2013

Love hides,album Absolutely live

La premiére face du double album Absolutely Live contient un pot pourri avec 'Alabama song','Back door man' et 'Five to one'.Le groupe aimait souvent passer insensiblement d'une chanson a l'autre mais dans Absolutely Live il est difficile de savoir si ce pot pourri a effectivement existé en concert ou si c'est le résultat d'un soigneux travail d'édition en studio.
Aprés l'énergie féroce de 'Back door man',Jim et le groupe se détendent un peu et,alors que le riff vibrant de la chanson se développe avec un peu plus de calme,Jim se lance dans quelques vers intitulés 'Love hides'.Avec une voix douce de blues,il annonce que l'amour peut se cacher dans les endroits les plus bizarres ,dans des visages familiers,dans de petits coins,a l'intérieur de l'arc en ciel et dans les structures moléculaires.Il ajoute également que l'amour arrive quand on s'y attend le moins et qu'il vient a ceux qui le cherchent.
Le message final de cette courte chanson(une minute 49secondes) est que 'l'amour est la solution' et sur cette note le groupe passe au sérieux riff d'ouverture de 'Five to one' et le rythme reprend son allure démoniaque.
D'aprés son titre,on pourrait penser que 'Love hides' est une improvisation romantique de la part de Morrison mais il s'agit d'un poéme qu'il avait écrit  pour Patricia Kennealy Morrison.Au moment de la sortie de Absolutely Live,ils avaient une relation intense et ils furent unis durant une cérémonie celte.Leur mariage en juin 1970 n'était pas officiel mais c'était l'échange de serments solennels et durables en terme de praticiens de sorcellerie celte(qui n'est pas la même chose que le satanisme).Kennealy et Morrison ont échangé des alliances irlandaises traditionnelles nommées Claddaghs,en forme de mains tenant un coeur couronné.Celle de Patricia était en argent et celle de Jim en or.
Kennealy Morrison avait entendu 'Love hides' bien avant la représentation.Quand Jim se trouvait chez elle a New York,juste avant le départ du groupe pour les concerts de Detroit qui allaient figurer dans Absolutely live,Morrison a lu le poéme a sa muse."Jim m'a dit qu'il avait écrit 'Love hides' pour moi" explique-t-elle "et au début je n'en étais pas sure.Je pensais que c'était quelque chose que Robby avait écrit,ou le genre de chose que Jim écrivait pour Pam.Mais il a toujours dit qu'il l'avait écrit pour moi alors c'est ce que j'aime croire."

samedi 1 juin 2013

Maggie M'Gill,album Morrison hotel

Comme 'Roadhouse blues','Maggie M'Gill' est une composition Jim/Doors où le blues prophétique de Jim est accompagné par le groupe qui concocte des riffs gonflés a bloc.La chanson est devenue une des plages mémorables de Morrison Hotel mais elle avait mal commencée.
En concert,les nuits où Jim chevauchait le serpent (quand il dansait sur le feu),le groupe élevait la musique a son niveau.C'est dans ces moments là que les spectacles des Doors devenaient un amalgame phénoménal de transport psychique et de libération physique.
Mais Jim,le chaman du Rock'n'Roll n'a jamais pu arriver a conjurer sa magie tous les soirs et certains concerts étaient non seulement sans magie mais faisaient honte a Ray,Robby et John.
L'une des pires "mauvaises nuits" s'est produite durant une courte tournée du Mid-West en février 1969.Le groupe avait un emploi du temps démoniaque avec l'enregistrement de The Soft Parade a L.A la semaine puis des concerts le week-end et,pour un concert à une université du Michigan a Ann Arbor,Jim avait épuisé toute sa magie.
Etant donné l'intensité de sa concentration et de son engagement envers la musique,Morrison n'avait pas besoin de boire ou de se droguer pour prendre son envol sur scéne.Mais a Ann Arbor il était saoul et plutôt que de le pousser a faire une superbe performance,l'alcool lui pesait.Il perdit ses repéres musicaux,oublia des paroles et marmonna celles dont il se souvenait.Sentant qu'il se trouvait devant un public qui n'était pas en rapport avec lui un public de buveurs de biére et d'étudiantes peu intéressées,Jim se mit a injurier le public.
Vers la fin du concert,alors qu'une autre chanson se transformait en désastre,John Densmore prit la courageuse décision d'abandonner ses baguettes et de quitter la scéne au milieu de la chanson.(Dans Riders On The Storm,Densmore explique que le stress d'accompagner Morrison lui avait donner une grave crise d'urticaire sur tout le corps).Robby Krieger décida rapidement que lui aussi en avait assez d'un bateau qui coulait et sortit de scéne une chanson plus tard.
Il y avait seulement trois ans et demi que Ray et Jim s'étaient assis sur Venice Beach et avaient décidé de former un groupe de Rock'n'Roll ensemble pour "faire un million de dollars".Maintenant,ils étaient côte a côte sur une scéne,des rocks stars devant un public,mais leur rêve avait pris une dimension horrible.Ray essaya de faire ce qu'il pouvait pour sauver le concert,il quitta son piano pour aller se mettre a la guitare de Robby et commença a jouer un simple air de blues pour que Jim puisse improviser dessus.Jim réagit en chantant 'Miss Maggie M'Gill,she lives on a hill...'(Miss Maggie M'Gill,elle vit sur une colline) et continua ainsi pendant un moment.Ray et Jim jouérent pendant cinq minutes mais la sauce ne prit pas et ils quittérent la scéne sous une avalanche de huées.
John Densmore était furieux ce soir-là et il n'était pas en état d'encourager Ray et Jim a développer leur air de blues a deux.Mais plus tard,durant les séances de Morrison Hotel,les accords de Ray et la phrase de Jim lui sont revenus.Il a encouragé Ray a essayer de jouer le même type de blues en studio,sur lequel Robby pouvait faire des bottlenecks en toute liberté.Lonnie Mack s'était chargé de la basse pour 'Roadhouse Blues' et les Doors lui demandérent de participer également a ce titre.Jim a étoffé l'histoire de Miss M'Gill de la colline qui est allée a Tangie Town où les gens "really like to get it on"(aiment vraiment prendre leur pied).
Naturellement,Jim ne s'est pas contenté d'un récit tout simple.Aprés un arrêt surprise dans la musique,il y a une explosion de guitare tremblée,le jeu de Ray reprend,Densmore repart a l'attaque avec son 4/4 tribal,et dans les couplets du milieu Jim parle du "illegitimate son of a rock'n'roll star"(fils illégitime d'une star du rock).(Cette phrase était tristement ironique car a la fin de l'année Patricia Kennealy Morrison allait faire avorter l'enfant de Jim quand celui-ci insista qu'il n'était pas prêt a assumer sa paternité).
Ensuite Jim fait une déclaration remarquable "I'm a old blues man...I've been singing the blues since the world began"(je suis un vieux du blues...je chante le blues depuis le début du monde.)
Sans doute aucun autre rock'n'roller blanc ne pouvait se permettre cette phrase mais venant de Jim,c'est non seulement logique mais une petite révélation.
Bien entendu,c'est exactement ce qu'il est : a la différence de la plupart des artistes blancs,Morrison n'essayait jamais de copier ou d'éliminer la "négritude" du blues.Au contraire il allait a la source de cette musique : le puits de douleur,de désir et de flammes infernales qui donnait au blues son âme,et c'est avec ça qu'il s'identifiait(Plutôt une reussite pour un gamin de la Marine qui venait de banlieue).
Dans le blues de Jim,il n'y avait rien de précieux ou étudié.Il était a sa maniére un "vieux du blues" et il chantait son blues avec la voix d'un vieux de la vieille.
En février 1970,un an aprés la premiére apparition désastreuse de Maggie M'Gill,cette chanson faisait danser le public dans la salle du Allen Theatre a Cleveland,en Ohio.Une version allongée de 'Maggie" figurait maintenant au programme de tous les concerts des Doors.

mardi 28 mai 2013

Indian summer,album Morrison hotel

Tout comme 'Blue sunday','Indian summer' est une chanson inconséquente qui montre néanmoins que les Doors étaient capables de produire de la musique superbement légére.
Jim dit obstensiblement a Pam Courson ce que toute amoureuse veut entendre:"I love you the best"(c'est toi que j'aime le plus).Mais ce mot doux est quelque peu tempéré par un comparatif "better than all the rest"(plus que toutes les autres).Le titre ajoute une atmosphére mélancolique a la chanson.L'image d'un 'été indien',lorsque la chaleur de l'été réapparait en automne sans qu'on s'y attende est étonnante dans le contexte d'une chanson d'amour.Le titre devient jeu de mots quand le groupe accompagne Jim avec des sons doucement répétitifs qui rappellent une raga indienne.John Densmore donne a ses tamtams le son d'un tablâ et Robby pince sa guitare pour qu'elle ressemble a un sitar.
Il est intéressant de noter que 'Indian summer' est l'une des premiéres chansons sur lesquelles le groupe avait travaillé durant les premiéres répétitions et qu'elle devait sortir sur le premier album.Quand la date de sortie de Morrison Hotel approchait et qu'il manquait une chanson au groupe 'Indian summer' ressortit du tiroir.

vendredi 24 mai 2013

Queen of the highway,album Morrison hotel

Une autre chanson Morrison/Krieger,qui examine cette fois la relation de Jim avec Pamela Courson sous un angle romantique,avec comme toile de fond les progressions d'accords fluides de Robby et ses riffs rythmés.
Les mesures qui ouvrent la chanson ressemblent un peu à 'Bad boy' de Larry Williams et au milieu de la chanson il y a un break saloon-rock qui permet au groupe de se défouler pendant quelques mesures.Dans son livre Riders On the Storm John Densmore explique qu'il n'aimait pas la musique que le groupe avait créée pour cette chanson : " il y avait de belles paroles autobiographiques de Jim mais la chanson n'a pas trouvé un bon groove.C'est la premiére fois que j'ai trouvé qu'on avait laissé tomber Jim et ses paroles."
Jim avait une relation avec Pam Courson depuis qu'ils s'étaient rencontrés a l'un des premiers concerts du groupe au London Fog.Elle venait de Weed,en Californie,et avait grandi au sud de Los Angeles,dans le climat conservateur de Orange County.(Jim a écrit une chanson intitulée 'Orange County suite' en son honneur ,mais elle n'a jamais été enregistrée).
Quand Pam a rencontré Jim,elle avait 19 ans et elle étudiait l'art au Los Angeles City College.Elle était intéressée par la grande ville et en particulier par le Sunset Strip.Pam avait une beauté délicate,tout a fait du style "petite fille perdue" mais elle avait une volonté de fer si nécessaire.Le captivant chanteur qu'elle avait vu se démener sur la minuscule scéne du London Fog lui avait tout de suite plu et Jim fut vite sensible aux charmes de cette jeune fille frêle aux traits réguliers et au sourire chaud.
Ils entamérent trés vite une relation amoureuse,qui,bien que difficile par moments,était caractérisée par une loyauté profonde et indestructible.Quand Jim partit pour Paris aprés les séances de L.A Woman c'était pour être avec Pam.La dynamique entre eux est facile a imaginer dans 'Queen of the highway' même si elle est présentée avec humour.Pam est une "princess"(princesse) et Jim est un "monster,black dressed in leather"(monstre,habillé de cuir noir).
Mais par dessus tout,ce monstre habillé de cuir et sa princesse d'Orange County sont simplement un américain et une américaine qui sont,déclare Jim,les gens les plus beaux du monde.Les difficultés de la relation et l'incertitude générale de Jim quant a l'avenir sont clairs dans la derniére phrase de la chanson où Jim espéres simplement que les choses pourront continuer un peu plus longtemps.
Il y a un vers dans le couplet du milieu qui décrit les deux personnages comme étant mariés mais Jim et Pam ne se sont jamais officiellement mariés.Dans les documents classés immédiatement aprés la mort de Jim Pamela apparaissait comme une "amie".Jim chante aussi que le couple va "soon have offspring"(bientôt naitra la descendance) alors que Jim et Pam sont restés sans descendance.Par contre Pam était la légataire d'un testament qu'il avait rédigé en février 1969.

samedi 18 mai 2013

The spy,album Morrison hotel

Même quand Jim Morrison rugissait du blues simple et fougueux au premier abord,ses paroles avaient souvent une dimension littéraire surprenante.'The spy' et sa ligne principale,"I'm a spy in the house of love"(je suis un espion dans la maison de l'amour)viennent d'un roman de 1954 écrit par la romanciére Anais Nin,Espionne dans la maison de l'amour.
Fille d'un pianiste espagnol et d'une chanteuse danoise,Nin est née dans la banlieue parisienne en 1903.Elle a passé son adolescense aux Etats-Unis et c'est la,durant ses visites a la bibliothéque publique de New- York,qu'elle a contracté une passion pour le langage qu'elle conserva toute sa vie.Nin,encore jeune femme est revenue en France.Sa curiosité intellectuelle allait de pair avec un désir d'explorer sa sexualité jusqu'au bout ,et bien qu'elle se soit mariée jeune,elle eut de nombreuses liaisons sérieuses.
En 1931,elle rencontra l'écrivain américain Henry Miller et sa femme June quand ils vinrent vivre a Paris.Nin tomba amoureuse de June Miller et leur relation se termina tristement.Mais c'est avec Henry Miller que Nin établit la relation peut-être la plus importante de sa vie.Ils devinrent amants mais,surtout s'encouragérent mutuellement dans leur création littéraire.A cause de son dévouement a la libérte d'expression dans la vie comme dans l'art,Anais Nin a soutenu financiérement la publication du premier roman de Miller,Le tropique du cancer et il l'encouragea a son tour a écrire.
Lorsque Tropique du cancer a enfin été publié aux Etats-unis au début des années soixante,Nin écrivit une préface pénétrante:"Ce livre ,si c'était chose possible,est capable de restaurer notre appétit des réalités fondamentales.La note prédominante semblera être l'amertume et c'est vrai que l'amertume est bien là toute entiére.Mais il y a aussi une extravagance sauvage,une gaiété folle,une verve,un enthousiasme,quelque fois presque un délire.Une oscillation constante entre les extrémes,avec de grandes longueurs nues qui ont le goût du cuivre et qui nous laissent le parfum puissant du vide.Ce livre va au delà de l'optimisme ou du pessimisme.L'auteur nous donne le dernier frisson.La douleur n'a plus de secret."
Les lettres,journaux,essais et romans d'Anais Nin sont caractérisés par une prose sensible et un surréalisme léger et espiégle.Ses oeuvres complétes nous permettent de découvrir l'âme d'une artiste qui tente de trouver le contentement et il n'est pas difficile d'imaginer que Morrison ait beaucoup apprécié son oeuvre.(En fait quand les Doors etaient en train de monter leur groupe,Nin était deja connue dans les cercles littéraires de Los Angeles car elle s'y était installée au début des années 40.Elle est morte a L.A en 1977).
Les Doors étaient tellement satisfaits du résultat de 'The spy' que cette chanson est devenu une des parties cruciales de leurs concerts:un piano spécial était amené sur scéne pour que Ray puissse reproduire son blues au clavier.
Sur la base d'une progression blues simple mais bien pensée,la chanson transforme Jim en voyeur (du style 'My eyes have seen you').Il est aussi un peu l'amant furtif comme dans la chanson de Willie Dixon 'Back Doorman'.Mais alors que cette chanson-là etait chantée comme un hurlement triomphant de désir pur,Jim est devenu un amant plus prudent dans 'The spy'.Il se trouve dans la maison de l'amour et il sait quels sont les mots que veut entendre l'objet de ses attentions mais,chose plus importante (est ce une menace ou simplement un fait?)il connait la 'deepest secret fear'(plus profonde peur secréte)de sa partenaire potentielle.
Dans une interview de 1969,Jim déclarait a Lizze James que "les gens ont peur d'eux-mêmes.De leur propre réalité,de leurs sentiments surtout.Les gens disent que l'amour c'est formidable mais c'est de la merde.L'amour fait mal.Les sentiments sont troublants.Les gens apprennent que la douleur c'est mal et c'est dangereux.
Comment peuvent-t-ils parler de l'amour s'ils ont peur?".

samedi 4 mai 2013

Land ho!,album Morrison hotel

La mer était importante pour Jim Morrison et réapparait fréquemment dans ses chansons.Il était fils d'amiral et ses premiéres idées de paroles lui étaient venues alors qu'il vivait sur le toit d'un immeuble avec vue sur les vagues.
Les images d'océans et d'eau reviennent souvent dans son oeuvre('Crystal ship','Moonlight drive,Horse lattitudes).Pendant qu'ils assemblaient les chansons pour Morrison hotel,Jim et Robby ont créé une vraie chanson de marin traditionnelle: 'Land Ho!.
Cette chanson est l'une de celles qui donnent a l'album son accent américain.'Land Ho!' a un peu l'atmosphére des histoires folkloriques qu'on entendrait dans la taverne bruyante d'une ville portuaire.C'est aussi un contrepoint satisfaisant a l'angoisse de 'Waiting for the sun'.A la fin de cette chanson-là,Jim attend toujours plein d'incertitudes intérieures,alors qu'a la fin de 'Land Ho!',l'attente est finie.Des rivages accueillants promettent de 
l'alcool au bar et de l'amour a vendre.

jeudi 2 mai 2013

Ship of fools,album Morrison hotel

Quand Jim et Robby travaillaient ensemble sur une chanson,le contraste évident entre contenu lyrique et ambiance musicale ajoutait souvent une profondeur bizarre et mystérieuse a leur travail.
Pour 'Peace frog' ils sont arrivés a des images de riviéres de sang sur un rythme de danse irrésistible et ,dans 'Ship of fools' la mort de l'humanité est décrite sur une mélodie remarquablement optimiste et pleine d'entrain.Le 'Ship of fools'(nef des fous) est la Terre et les humains sont les fous.Notre curieuse auto-destruction est exprimée clairement dans le premier couplet,quand Jim se plaint du fait que le monde a suffisament évolué pour que des hommes marchent sur la lune mais que l'humanité a également reussi a créer un air irrespirable.Ce théme faisait écho a des questions qu'il avait posées pour la premiére fois dans 'When the music's over'.'Ship of fools' était une chanson jazz-rock un peu moins rock que les autres mais ses sentiments écolo tombaient a point.Morrison hotel était sur les rayons des magasins de disques le 22 avril 1970,date de la premiére journée de la terre.

lundi 29 avril 2013

Blue sunday,album Morrison hotel

Immédiatement aprés 'Peace frog'(le morceau le plus vif et frappant de Morrison hotel)arrive la chanson la plus inconséquente de tout l'album.'Blue sunday' n'est rien de plus qu'une suite romantique de mots doux,avec Jim qui roucoule même des "la la la".
Placée presque comme un coda de 'Peace frog' ,la chanson est renforcée par cette juxtaposition discordante mais c'est tout simplement de la musique d'ambiance pour amoureux.Heureusement les Doors étaient capables de créer une musique d'ambiance exceptionnelle et entre la facture experte de John densmore a la batterie,les volutes paresseuses de Robby krieger a la guitare,les accords délicats de Ray et la déclamation de Jim,'Blue sunday' nous offre quelques moments évocateurs et doux dans un album plein de voyages plus fous.
Encore une fois,même avec les paroles minimalistes de cette chanson,Morrison arrive a créer le mystére.Un 'Blue sunday' c'est un dimanche de ciel bleu parfait ou un dimanche de tristesse?Les accords mineurs et la mélodie plaintive suggérent la derniére interprétation mais l'affirmation de Jim selon laquelle sa petite amie représente tout pour lui suggérait des sentiments plus chauds.
Il se peut que Jim ait voulu que la chanson soit les deux a la fois:sa relation tumultueuse avec Pam courson était tout aussi douloureuse que tendre,tout aussi distante que fervente.

mercredi 24 avril 2013

Peace frog,album Morrison hotel

'Peace frog' est mémorable parmi les chansons des Doors a cause de son titre absolument ridicule(certains diraient peut-être charitablement "mignon").Morrison etait lui-même prêt a l'admettre pendant les concerts :"drôle de nom pour une chanson,non? disait-il au public.Mais la chanson elle-même est loin d'être bête.C'est une des créations politiques de Morrison,qui fait un commentaire sur les troubles civils en Amérique durant la fin des années soixante:le moment du "sang dans les rues" est peut-être une référence a la Convention Démocratique de 1968 a Chicago,ou les policiers de Daley,le maire,ont frappé les manifestants qui avaient osé faire entendre leur voix.
Cette chanson faisait partie des cinq de Morrison hotel à être attribuées à Morrison/Krieger .'Peace frog' est un bon exemple de la maniére dont les paroles de Jim et la musique de Robby pouvaient être mis au point séparement puis rassemblées pour créer une chanson qui dépassait ce que chacun d'entre eux avait imaginé.
Krieger s'etait peut-être rendu compte que les Doors aimaient s'éclater et produisaient de la musique percutante a base de blues,et qu'ils apprécieraient peut-être de s'essayer au white funk.C'est lui qui a trouvé le rythme bien particulier soul-funk a la guitare qui sous-tend la chanson.Le style de la guitare a inspiré John,qui a mis au point une sorte de rythme danse funk disco avant la lettre,et Ray qui a ecrit des partitions d'orgue vraiment ingénieuses.
Ensemble le trio a affiné la section principale de la chanson et a même mis au point un volte-face dramatique avec le rythme en retrait et la musique qui enfle.Il y avait une place pour un solo fou de Robby et pour une section calme trompeuse juste avant le dernier feu d'artifice a la fin du morceau.La chanson etait presque au point mais Jim avait un trou complet:la musique etait forte mais il ne savait pas quoi en faire au plan des paroles.
Ray,Robby et John étaient trop excités pour laisser le morceau en attente pendant que Jim essayait de trouver les mots qui convenaient alors,avec le bassiste Ray neapolitan,ils ont enregistré cette plage un jour ou Jim était sorti avec son copain Babe hill.
Quand Jim est revenu au studio,Ray a regardé ses carnets et il a immédiatement été frappé par un des poémes épiques de Jim,intitulé Abortions Stories(histoires d'avortements).Le poéme décrivait un pays couvert par des riviéres de sang,un sang qui représentait des bouleversements politiques a grande échelle mais aussi des douleurs personnelles profondes.Ray a découvert que les mots et le rythme du poéme allaient remarquablement bien avec le nouveau morceau et il a suggéré que Jim utilise Abortion Stories pour les paroles.
Mais avant que Jim n'enregistre les paroles le producteur Paul rothchild a suggéré d'intercaler d'autres textes dans le poéme.Jim et lui ont travaillé pour faire de la chanson deux séries de paroles distinctes en une.Les mots du poéme étaient encadrés par de nouveaux mots,comme une incantation en contrepoint("She came...")Ensemble les deux textes créaient l'image d'un monde de chaos et de carnage,qui entrait dans l'avenir en hurlant alors que les individus faisaient de leur mieux pour survivre.
Cette chanson n'était pas explicitement pour ou contre quoi que ce soit mais c'était une série choquante de scénes d'un pays agonisant,au plan affectif et au plan physique.L'idée était encore plus choquante a cause de l'ambiance optimiste de la musique.(Cela vaut peut-être la peine de noter que même si Morrison mettait du sang dans les rues de New haven et de Chicago,ce chanteur qui aimait l'Ouest avait mis un soleil rouge sang au dessus de la "phantastic L.A"(la fantastique L.A)).
Quelques lignes avant la fin de la chanson,Morrison décrit lentement,en peu de mots une image:"Indians scattered on dawn's highway bleeding"(des Indiens éparpillés sur la route de l'aurore,ensanglantés).C'est une référence a un incident de son enfance qu'il considérait cruccial.
Quand Jim avait quatre ans,pendant une excursion familiale en voiture d'Albuquerque a Santa fe,au Nouveau mexique,sa famille avait assisté a un horrible accident:un camion conduit par des Indiens Pueblo s'était renversé sur la route et la plupart de ses occupants étaient éparpillés autour,blessés,ensanglantés et mourants.Cette premiére vision effrayante de la mort et de la tragédie avait terrifié le petit Jim et l'affecta profondément pendant toute sa vie.
Dans ses poémes "Dawn's highway" et "Ghost song",Jim a utilisé des images similaires de 'sang dans les rues' à celles de 'Peace frog' et examinéé plus en détail sa reaction face a cet accident.
"Dawn's highway" et "Ghost song" etaient deux des poemes que Jim enregistra seul en decembre 1970.Les Doors allaient utiliser cet enregistrement pour créer lalbum an American Prayer en 1978.

vendredi 19 avril 2013

You make me real,album Morrison hotel

'You make me real' etait la face A du seul single de Morrison Hotel,sorti apres l'album en mars 1970.
Avec 'Roadhouse blues' en face B,ces deux chansons forment un ensemble parfait.Au plan des paroles,l'admonestation de 'You make me real':"Roll now,baby,roll" n'est pas loin des conseils donnés dans 'Roadhouse blues',"let it roll".Ces deux chansons nous montrent les Doors en pleine forme,dynamiques et tres blues.
'You make me real' permet aussi a Ray Manzareck de retrouver son vieux personnage de Screaming Ray Daniels le temps d'une chanson :comme dans 'Roadhouse' il quitte l'orgue et crée un super son rock en tapant furieusement sur un piano.On remarque aussi John Densmore qui s'éclate complétement a la batterie.Et Robby Krieger raffine encore son art:les parties pincées et compliquées de 'You make me real' sont complétement a côté et d'une élégance précise en même temps.
Même si Jim exprimait maintenant des sentiments bien plus charnels dans ses paroles,il parlait encore de "percer",d'une certaine maniére,en demandant a une amante de lui laisser oublier ses périls et ses problémes jusqu'a ce qu'elle le rende libre et réel.
Il n'est pas difficile d'imaginer ce que cette liberté et cette réalité nécessitent:comment interpréter autrement les mots "let me slide into your tender sunken sea"(laisse moi glisser dans ton tendre océan secret)?
Il est certain que Jim a utilisé sa relation difficile avec Pam Courson comme point de départ pour certaines chansons de Morrison Hotel mais 'You make me real' était peut-être destiné a Patricia Kennealy.
Il l'avait rencontrée a New-York,début 1969,quand elle l'avait interviewé pour le magazine Jazz&Pop.Kennealy fut surprise de découvrir que le "Pig Man of L.A"(le cochon de L.A)était en fait un gentleman courtois,intelligent et extrémement poli,qui ne manquait pas d'humour sur lui-même.
Quant a lui,Jim avait trouvé quelqu'un qui etait prêt a le prendre au sérieux en tant qu'écrivain et être humain.Ils se sont entendus tout de suite et sont vite devenus amants .Leur relation était spirituelle autant qu'amoureuse.
Ils se voyaient aussi souvent que leur emploi du temps le leur permettait et ils se sont mariés dans une cérémonie celte en juin 1970.Il y avait de moins en moins de gens avec qui Jim pouvait être "réel" mais quand il était avec Patricia il pouvait être libre pendant quelques temps.

jeudi 11 avril 2013

Waiting for the sun,album Morrison hotel

Pres de deux ans apres l'album du même nom,les Doors étaient toujours en train de 'Waiting for the sun'(attendre le soleil)mais,enfin cette chanson avait trouver un toit.
On se rend compte a quel point les séances de l'album Waiting for the sun avaient été chaotiques quand on sait que même cette chanson-titre,pourtant bonne,n'avait pas pu être exécutée et enregistrée a temps.Elle avait donc attendu jusqu'a ce que le groupe recherche des idées pour Morrison hotel(Il était un peu trop tôt apres l'album Waiting pour inclure cette chanson dans The soft parade même si pour cet album aussi il manquait des idées vers la fin).
Quand les répétitions  pour Morrison hotel ont commencé tout les membres du groupe étaient contents de la nouvelle approche plus simple de développement des idées et la camaraderie était revenue.
Souvent,les Doors commençaient les répétitions en jouant leurs vieux morceaux favoris comme 'Gloria' ou 'Money' juste pour s'échauffer avant de passer aux chansons plus nouvelles.Le style hard rock des concerts de club du groupe a rassemblé les musiciens et leur a permis de retrouver leur  énergie.Cette énergie était alors dirigée sur les nouvelles chansons qui étaient jouées comme si elles aussi venaient d'un ancien programme de club.
'Waiting for the sun' était une exception dans ces séances:c'était une chanson des "vieux Doors" et elle n'avait pas le même coeur blues-rock que la nouvelle musique de Jim et Robby pendant les répétitions.Mais la chanson était trop bonne pour être jetée et son mélange de mélodie gracieuse et de pouvoir cru la rendait sympa a jouer.
Elle avait deja été modifiée:Morrison au départ avait écrit les paroles pour une mélodie que lui avait donné son copain d'UCLA et cameraman de Feast of friends,Paul Ferrara.Robby krieger avait retravailler la chanson pour la rendre plus adaptée au groupe,détail sur lequel il avait insisté quand Morrison avait suggéré de partager son attribution avec Ferrara.(En fin de compte,c'est le seul nom de Morrison qui est apparu sur l'attribution).La chanson a été encore retravaillée pour Morrison hotel,qui est devenu le seul album sur lequel on trouve des instrumentations exotiques:un peu de synthétiseur pour donner plus de poids au riff trés lourd utilisé comme ponctuation musicale tout au long de la chanson.
La chanson de Jim est une bizarre méditation sur un soleil qui ne semble jamais arriver.C'est la seule chanson de Jim sur l'inaction:la seule chose qui se passe c'est l'attente.Le printemps est arrivé,la saison du ciel bleu,mais toujours rien,rien que l'attente.Un avenir plus riant nous attend si on attend patiemment et si on se contente d'un coup d'oeil plutôt que de rechercher tout le Jardin d'Eden.
On remarque un calme étrange dans la voix de Morrison,mais s'agit-il d'une résignation a l'attente ou d'une totale confiance dans l'avenir?On ne sait pas tres bien combien va durer l'attente et a quel point le soleil brille,mais Morrison fait une de ses confidences les plus mémorables:il dit qu'il vit maintenant "the strangest life"(la vie la plus étrange)qu'il a connue. 

jeudi 4 avril 2013

Roadhouse blues,album Morrison hotel

Les Doors ont décidé de ne pas participer au festival de Woodstock en août 1969 parce que Jim et le reste du groupe ne s'intéressaient plus aux grands concerts en plein air."Je préférais ça quand on essayait de percer et qu'on jouait dans des clubs comme le Whisky et Ondine's et The scene a New York" a déclaré Robby Krieger en 1970."Quand on a commencé a faire de grands concerts,ce n'était  que du show business et je n'aime pas beaucoup ça."
Aprés le festival,Morrison pensait que Woodstock etait une présentation sage d'un esprit révolutionnaire plutôt que l'apparition d'idéaux jeunes."Woodstock,pour moi,c'etait comme un groupe de jeunes parasites nourris a la petite cuillére pendant trois ou quatre jours"a-t-il déclaré a John Toller de Zig Zag en 1970."On aurait dit des victimes et des dupes d'une culture plus qu'autre chose.Bien sur c'est peut-être de l'amertume parce que je n'y étais pas,même pas comme spectateur.Mais une fête libre de la culture jeune,c'est toujours mieux que rien et je suis sur qu'il y a des gens qui sont repartis chez eux avec une sorte de mythe."
Les Doors n'ont pas participé a la fête de la jeunesse de la ferme de Yasgur mais ils ont fait partie d'un grand hommage aux péres du rock au concert Rock 'n' Roll Revival de Toronto en septembre 1969 au Varsity Stadium.Les Doors partageaient l'affiche avec Chuck Berry,Little Richard,Jerry Lee Lewis,Gene Vincent et Fats Domino,entre autres.Un jeune groupe excentrique se produisait également ce jour-là.Son leader était un copain de beuverie de Morrison:Vincent Furnier.Ce groupe s'appelait Alice Cooper.
Le concert était organisé par le parolier/producteur Kim Fowley.Comme les places ne se vendaient pas tres bien,Fowley et les promoteurs ont contacté John Lennon pour voir s'il voulait présenter le concert.Lennon a refusé mais il a proposé de monter un groupe et c'est a Toronto qu'il s'est produit pour la premiére fois avec le Plastic Ono Band ou se trouvaient John,Yoko,Eric Clapton,Klaus Voorman et Alan White.Quand les rumeurs de la participation de Lennon ont commencé a circuler,les 22000 places se sont tres vite vendues.
Les Doors étaient les derniers a monter en scéne et ils ont fait un bon concert.Jim a insisté pour dire au public a quel point il était important pour les Doors de jouer sur une scéne avec tant de légendes du rock.Mais le partage de la scéne est devenu une pomme de discorde."Chuck Berry voulait faire un jam avec les Doors"se souvient Fowley,"mais Jim a refusé parce que Chuck n'avait pas laissé de jeunes jouer avec lui".
Quand les Doors ont joué 'Back Door Man' vers la fin de leur partie,Morrison a fait jouer au groupe le groove blues sur un tempo spécialement lent et dur et il a ajouté de nouvelles paroles qui conseillaient à un conducteur anonyme de garder les yeux sur la route et les mains sur le volant.Le public pensait peut-être entendre des riffs improvisés de Morrison,mais Jim était en train de tester ses derniéres idées.Le public de Toronto avait entendu le premier échantillon de la chanson qui allait bientôt devenir l'une des plus connues des Doors.
Jim Morrison ne s'est jamais acheté de maison mais il avait acheté un petit bungalow pour son amie Pam Courson,sur les collines au dessus de L.A,a Topanga Canyon,quand Pam voulait s'éloigner de la frénésie de Hollywood.Laurel Canyon,ou Jim et Pam avaient habité ensemble,était relié a Hollywood et au Sunset Strip alors que Topanga Canyon,plus reculé,avec son boulevard tortueux,donnait sur le quartier de Malibu Beach de Pacific Coast Highway.
Le canyon de Topanga serpentait jusque dans les montagnes de Santa Monica et son boulevard,avec ses embranchements compliqués,menait a des maisons bien cachées et des villas a flanc de colline.Le style de vie des résidents de ce quartier était trés prés de la terre:un mélange de hippies,d'ermites et de vrais cow-boys de L.A County.
Le bungalow de Pam était situé en haut d'une colline,derriere un petit relais routier,un bar local bien campagnard ou on trouvait de la biere,un juke box et pas grand chose d'autre.Jim a été suffisament inspiré par ce bar pour l'honorer d'une chanson : 'Roadhouse blues''.Les mots du premier couplet venaient des instructions qu'il donnait souvent a Pam quand elle négociait les virages dangereux de Topanga Canyon Boulevard pour arriver a son bungalow.
Le groupe,ensemble,a mis cet air super-dynamique en forme pendant les répétitions(la chanson a fini par être attribuée a 'Morrison/Doors').Pendant l'enregistrement de la chanson au Sunset Sound,le rocker routier a reçu une aide précieuse et inattendue.
Le bassiste Ray Neapolitan,qui avait joué dans la plupart des séances pour Morrison Hotel,était en retard au studio le jour ou 'Roadhouse blues' devait être enregistré..Mais il se trouvait que le légendaire guitariste de blues,Lonnie Mack,était dans les studios,ou il finissait d'enregistrer un de ses morceaux.Quand Bill Siddons,le manager des Doors,lui demanda d'essayer de trouver une basse pour les Doors,Mack accepta.
Mack et John Densmore ont travaillé ensemble pour créer le rythme blues-rock qui sous-tend la chanson et trés rapidement,'Roadhouse blues' fut enregistrée a la satisfaction générale.Paul Rothchild ayant suggéré que de l'harmonica blues accompagnerait trés bien les paroles,Morrison enregistra quelque chose sur une piste séparée.Mais le groupe n'était pas totalement satisfait de la technique de Morrison,et Robby,qui était plus expérimenté a l'harmonica,aller essayer de faire mieux,quand Rothchild suggéra que John Sebastian,ancien membre de Lovin' Spoonful,serait parfait pour ajouter la partie d'harmonica.Sebastian arriva plus tard ce soir la et enregistra le morceau mais il pensait qu'en termes d'image,lui et les Doors n'iraient pas bien ensemble.
Quand Morrison Hotel est sorti,le morceau d'harmonica de Sebastian était attribué a un fictif "G Puglese".Cette chanson est devenu un des morceaux d'ouverture préférés des concerts des Doors.
'Roadhouse blues' continue d'être si longtemps aprés une classique chanson rock.Mais les fans qui trouvent génial le crédo de "beer-for-breakfast"(biére pour le petit déjeuner)que recommandait Jim ratent une partie de la profondeur du parolier.
C'est vrai que Jim buvait et qu'il trouvait dans l'alcool un répit dans son rôle de Roi Lézard.Mais l'image de Jim comme monstre de fête chauffé a l'alcool,incapable de prononcer plus qu'un toast amusant,est loin de la vérité.Même quand Morrison allait au bistrot pour s'éclater,ses paroles contenaient une bonne mesure de sagesse sombre,qui nous rappelle qu'on ne peut pas prévoir l'avenir et que la fin est toujours plus proche qu'on voudrait le croire.(Tout ça ne veut pas dire que Morrison ne buvait pas de biére au petit déjeuner.Dans son livre Strange days Patricia Kennealy Morrison raconte qu'elle a vu Jim boire une biére fraiche au saut du lit.Cela l'a fait réfléchir:"Et moi qui croyais que c'était seulement une chanson,comme je suis bête".)
Malgré tout,Kennealy pense que l'accent mis sur l'alcoolisme et la vie sexuelle de Jim a trop facilement permis d'oublier ses talents."Certains préférent penser que Jim était un ivrogne fou et un idiot total.Mais écoutez sa musique.Il ne pouvait être autre chose qu'intelligent.D'ou seraient venues les chansons autrement?C'est insulter son travail de penser que Jim était simplement un type qui baisait tout ce qui bougeait et qui se saoulait la gueule sans arrêt.Ecoutez sa musique."