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mercredi 26 juin 2013

The celebration of the lizard,album Absolutely live

Absolutely live est un album important pour les Doors,ne serait-ce que parce qu'il contient la seule version complété de l'oeuvre la plus ambitieuse de Jim Morrison pour les Doors,'The celebration of the lizard',enregistré aux spectacles de l'Aquarius a L.A.
Pendant les séances d'enregistrement de Waiting for the sun,Morrison avait manqué de concentration et il n'avait pas pu enregistrer la totalité de ce morceau.La seule partie enregistrée était 'Not to touch the earth'.
Le poéme 'Celebration' dans son entier était imprimé a l'intérieur de la pochette de Waiting for the sun et au début il était joué sur scéne sous la forme d'un récitatif de Morrison avec de la musique d'accompagnement avant d'être transformé par les quatre musiciens en un sensationnel poéme épique.Morrison était heureux de voir que ce morceau était devenu une partie importante des concerts des Doors mais il regrettait de ne pas l'avoir enregistré en entier.
En parlant de la version enregistrée pour Absolutely live il avait déclaré a Circus:"J'aime 'The celebration' même si ce n'est pas une version géniale de ce morceau.Mais je suis content qu'on l'ait sorti parce qu'autrement je ne crois pas qu'on l'aurait enregistré.Si on ne l'avait pas mis sur un album live on l'aurait mis de côté pour toujours Je suis content qu'on l'ait fait,même sous cette forme imparfaite."
Dans la version compléte,'The celebration of the lizard' est composé de sept sections:'Lions on the street",'Wake up','A little game','The hill dwellers,'Not to touch the earth','Names of the kingdom et 'The palace of exile'.Certaines phrases et images du poéme venaient des carnets que Jim avaient remplis a Venice et une version antérieure de 'A little game',chanson quelquefois nommée 'Go insane',était l'un des six morceaux sur la bande démo que le groupe avait enregistrée aux World Pacific Studios en 1965,avant l'arrivée de Robby.(Dans cette version-là,Morrison chante ce morceau comme une exaltation hurlante mais dans 'The celebration of the lizard',elle est chantée avec bien plus d'humour et de taquinerie).
'Celebration',même sous sa forme compléte dans Absolutely live,ne fonctionne pas tres bien.Le récit est décousu et difficile a suivre.Mais il y a de nombreux moments captivants dans ce morceau:le sexe et la terreur se mélangent dans 'Wake up',les innocents fuient des peurs anciennes dans 'The hill dwellers' et Jim annonce un retour triomphant pour tous dans 'The palace of exile'.
Le morceau,tel qu'il est joué dans Absolutely live a beaucoup évolué depuis sa transcrition sur la jaquette de Waiting for the sun.'Wake up' comporte maintenant la description d'une femme avec des cheveux noirs et une douce peau blanche (description qui correspond a Pam Courson tout comme a Patricia Kennealy).Le début de 'The hill dwellers' a été modifié("back where there's never any pain" (de retour ou il n'y a jamais de douleur)devient 'back where there's never any rain'(de retour ou il n'y a jamais de pluie).
Les vers de 'The hill dwellers' et 'Not to touch the earth' sont présentés dans un ordre un peu différent et,sous sa forme écrite originelle,quand Jim annonce qu'il est le roi lézard qui peut tout faire,les deux vers suivants:"I can make the earth stop in its tracks,I made the blue cars go away"(Je peux empêcher la terre de tourner,j'ai fait partir les voitures bleus)n'étaient pas sortis sur vinyl dans 'Not to touch the earth" sur Waiting for the sun et ne figurent pas non plus dans le concert de Absolutely live.
Les reptiles de 'Celebration' étaient des créatures familiéres pour Morrison:quand il était petit a Albuquerque,au Nouveau Mexique,il aimait poursuivre et attraper des crapauds cornus et des lézards.Mais c'est un livre sur les reptiles qui a donné a Jim l'idée de commencer a travailler sur 'The celebration of the lizard'."La premiére phrase du livre m'a frappé : 'les reptiles sont les descendants d'imposants ancêtres'"expliquait-il au Los angeles free press en 1971."Et autre chose,ils sont d'un anachronisme complet .Si tous les reptiles du monde devaient disparaitre demain,l'équilibre de la nature ne serait pas du tout modifié .Ce sont des espéces totalement arbitraires.Je crois que si c'était possible pour une créature,ils pourraient survivre a une autre guerre mondiale ou a un empoisonnement total de la planéte.Je pense que les reptiles trouveraient un moyen de l'éviter.En outre on ne doit pas oublier que le lézard et le serpent sont associés a l'inconscient et aux forces du mal.'Celebration of the lizard' était une sorte d'invitation aux forces des ténébres".
Quand cette invitation fut lancée au public du Los Angeles Forum en décembre 1968,le journaliste et producteur Harvey Kubernick était parmi les adolescents qui assistaient au concert ,et il fut stupéfait."Le public était bruyant et un peu fou et les gens n'arrêtaient pas de demander 'Light my fire' se souvient-il."Mais Morrison a reussi a calmer la foule.Il a demandé une cigarette a quelqu'un au premier rang et puis il nous a dit qu'il allait nous lire de la poésie.Il avait un carnet avec lui et le groupe l'accompagnait quand il lisait 'The celebration of the lizard'.C'etait trés bizarre et trés spécial...j'étais deja aller a des concerts de rock mais je n'avais jamais vu ça.Et on aurait dit que le public collaborait vraiment avec le groupe,on était complétement impliqués.C'était pas le genre de truc qui recevait une ovation mais c'était évident que ça avait un impact sur tout le monde.Quand je suis sorti du concert ce soir là,je ne voulais pas jouer dans un groupe,je ne voulais pas être Morrison,je ne voulais pas porter de cuir.Mais le monde semblait un peu différent.Si on était prêts a écouter 'Celebration of the lizard' on n'était plus des gamins".
Patricia Kennealy Morrison avait vu les Doors donner 'Celebration' a un concert au Fillmore East a New York en mars 1969 et elle aussi avait été impressionnée.
"Ca m'a complétement bouleversée.Je n'avais jamais vu un public aussi silencieux.Ca semble miévre de dire ça,mais Jim tenait tout le monde dans le creux de sa main.Je n'ai aucune idée de la façon dont il a appris a contrôler un public comme ça,juste avec ses mots et sa présence.J'ai vu des spectacles ou ça n'a pas marché,le public ne voulait pas se donner la peine.Mais quand le public était en forme,quand le groupe était en forme et quand Jim était en forme,'Celebration' était phénoménal,c'était magique."
Le spectacle de Absolutely live reproduit une bonne partie de cette magie et il y a une grande empathie entre les mots de Jim et la musique parfois douce,parfois violente du groupe.
Ceux qui n'étaient pas emballés par 'The celebration of the lizard' l'ont souvent critiqué en disant que c'était l'une des chansons les plus estudiantine,vague et prétentieuse de Jim Morrison.
Mais peu aprés la sortie de l'album,Morrison déclara qu'il était surpris que tant d'auditeurs aient pris au sérieux les sections les plus sombres de son intense poéme épique.
"C'était de l'humour",expliquait-il"Je ne crois pas que les gens se rendent compte.Il ne faut pas le prendre sérieusement.C'est comme quand on joue le méchant dans un western,ça ne veut pas dire que c'est vous.C'est juste un aspect que vous gardez pour le spectacle.Je prends pas ça vraiment sérieusement.C'est censé être ironique."

vendredi 21 juin 2013

Break on through 2,album Absolutely live

L'un des meilleurs moments de Absolutely live est lorsque le groupe s'éclate sur l'ouverture de 'Break on through'.John Densmore se défonce a la batterie avant de s'installer dans le rythme familier,Ray se fait plaisir a l'orgue avant de prendre la partie de basse et Robby accentue son riff avec des descentes le long du manche de sa guitare.Mais Jim n'attend pas tranquillement de commencer la chanson a proprement parler et commence a parler de chats et de rats morts qui portent un haut de forme et prétendent être des aristocrates.Aprés quelques jeux de mots pleins d'entrain,il conclut en disant "That's crap"(c'est de la merde).
Ce court passage contient des images sombres typiquement Morrisonnienes("sucking on a young man's blood"-sucer le sang d'un jeune homme)mais plutôt que d'être imposant,Morrison donne l'impression de se faire plaisir.Le sens de l'humour de Jim n'a pas souvent été pris en compte dans les analyses de sa musique mais cette intro improvisée prouve bien l'humour espiégle (noir,c'est certain) dont Jim et le groupe faisaient preuve sur scéne.
Dans une interview de 1970 pour le magazine Circus avec Salli Stevenson,Jim expliquait son sens de l'humour "Je me considére comme un être humain intelligent et sensible avec l'âme d'un clown,ce qui me force toujours a tout gâcher aux moments cruciaux."

samedi 15 juin 2013

Universal mind,album Absolutely live

'Runnin' Blue' sur The Soft Parade était l'hommage peu reussi que faisait le groupe a Otis Redding.Mais 'Universal mind' était bien plus prés de l'esprit des ballades blues émouvantes que Redding reussissait si bien(C'est aussi le genre de morceau sur lequel Janis Joplin adorait s'éclater).La chanson débute sur le même genre de jeu délicat de Krieger et sur les mêmes paroles légéres de Morrison utilisées au début de 'The Unknwon Soldier' mais passe rapidement a son propre groove.La majorité des morceaux blues des Doors avait une certaine énergie rock mais les tons mineurs et le ton 6/8 de 'Universal mind' le rendent différent:c'est un air de blues plus ancien,plus triste et plus angoissé.
La tristesse est mise de côté pendant un instant au milieu de la chanson quand Ray,Robby et John se lancent dans un petit pont de jazz pur.Cette section continue pendant quelques mesures,avec de superbes passages syncopés de Ray et Robby.Mais le groove mélancolique reprend rapidement et le groupe le poursuit jusqu'a la fin.
Par rapport a beaucoup de chansons des Doors 'Universal mind' n'est pas trés dense mais ses paroles ont un style honnête et personnel que Morrison n'employait pas souvent."I was doing time in the universal mind"(je faisais mon temps dans l'esprit universel)est un bon descriptif de la vie de Jim en tant que star du rock:son succés l'a forcé a se voir devenir un produit de l'imagination,du désir et du mépris du public.
Il dit qu'il "setting people free"(libére les gens),il pense qu'il "was doing all right"(allais tout a fait bien) mais aprés une rencontre avec quelqu'un qui porte une "suitcase and a song"(valise et une chanson),Jim se retourne et s'aperçoit qu'il est seul et qu'il cherche la sympathie dans tous les visages qu'il rencontre.Le caractére poignant et glaçant de la chanson passe bien a la derniére ligne.
On peut voir aussi une autre interprétation dans cet esprit universel face a la solitude venant de la rencontre de quelqu'un avec une valise et une chanson : c'est la cassure de l'esprit universel ou esprit universitaire de la connaissance et l'esprit de la musique.Aprés avoir raconté cette triste histoire énigmatique,Morrison annonce que "I'm the freedom man"(je suis l'homme de la liberté) et on dirait qu'il ne s'agit pas de quelque chose de trés agréable.Le "freedom man" est-il l'homme véritablement libre,l'homme censé être libre,l'homme que l'on considére libre ou l'homme qui représente la liberté pour les autres?Morrison n'explique pas quelle sorte de 'freedom man' il est mais cette ambiguité est précisement ce qui donne a cette chanson sa tristesse émouvante.'Universal mind' est un autre exemple de la capacité de Morrison a écrire des chansons infiniment nuancées avec des mots simples.

dimanche 9 juin 2013

Build me a woman,album Absolutely live

Dans une interview de 1970,Jim Morrison décrivait son groupe ainsi: "Les Doors sont un groupe de blues avec de fortes doses de rock'n'roll,une mesure de jazz,des éléments populaires et un soupçon d'influences classiques...mais en un mot,c'est un groupe de blues blanc."
Morrison pouvait intégrer Nietzsche,Kafka,Kerouac et Blake dans sa musique mais il adorait aussi gueuler un bon blues,souvent accompagné avec enthousiasme par Ray Manzareck,dont l'une des premiéres passions musicales était le blues électrique de sa ville natale Chicago.'Build me a woman' est construite autour d'un motif blues et le théme principal de ses paroles est que Jim veut une femme géante('dix pieds de haut')qu'il pourrait baiser toute la nuit.Il lance le morceau en annonçant qu'il a le 'poontang blues'(le blues de la chatte).Ce n'est pas de la grande littérature mais c'est tout de même une chanson que les Doors pouvaient exécuter avec énergie durant un concert sans s'inquiéter des couplets,refrains,ponts ou indices musicaux:Ray ,Robby et John se contentaient de concocter le groove a trois accords et Jim hurlait a qui mieux mieux.'Build me a woman' est une chanson démagogue,non pas pour faire plaisir au public mais a Morrison.
"Il y a des chansons que j'aime faire en scéne plus que d'autres",déclarait Jim a Rolling Stones en 1969."J'aime chanter le blues...ces longs blues libres ou il n'y a pas de début ou de fin spécifiques.Ils prennent leur groove et je peux me mettre a inventer des trucs.Et tout le monde fait un solo.J'aime cette sorte de chanson plutôt qu'une simple 'chanson'.Vous voyez ce que je veux dire,juste commencer sur un blues et voir ou il nous méne."
Les Doors interpréterent 'Build me a woman' parmi des chansons de The Soft Parade dans l'émission télévisée qui leur fut consacrée en 1969.Aprés Miami,Jim et le groupe étaient particuliérement contents de participer a une émission qui les traitait avec respect mais qui leur permettait aussi de travailler sans s'inquiéter de la censure.
Ils mirent cette liberté a profit pour 'Build me a woman' quand Jim introduisit les paroles 'I'm a sunday trucker Christian motherfucker"(je suis un camionneur du dimanche un chrétien qui baise sa mére).Par souci de la décence,il a un peu marmonné ces paroles(aprés tout,qui voulait provoquer un autre Rallye pour la Décence?)mais leur signification est bien passée quand même.Et ce couplet se finissait aussi par un peu de blues humoristique pour l'ére nucléaire:"I'm a three-eyed boy,lookin' for a a twelve-toed girl"(je suis un garçon a trois yeux qui cherche une fille a douze orteils).
Evidement certaines de ces paroles furent conservées quand le groupe jouait cette chanson en concert mais pour éviter le mot 'motherfucker'(qui baise sa mére)il a également fallu éliminer le camionneur,le garçon et la fille anormaux sur la version qui est sortie sur Absolutely Live.

Deux videos :1) celle de Absolutely live 2) celle de l'emission de 1969



jeudi 6 juin 2013

Love hides,album Absolutely live

La premiére face du double album Absolutely Live contient un pot pourri avec 'Alabama song','Back door man' et 'Five to one'.Le groupe aimait souvent passer insensiblement d'une chanson a l'autre mais dans Absolutely Live il est difficile de savoir si ce pot pourri a effectivement existé en concert ou si c'est le résultat d'un soigneux travail d'édition en studio.
Aprés l'énergie féroce de 'Back door man',Jim et le groupe se détendent un peu et,alors que le riff vibrant de la chanson se développe avec un peu plus de calme,Jim se lance dans quelques vers intitulés 'Love hides'.Avec une voix douce de blues,il annonce que l'amour peut se cacher dans les endroits les plus bizarres ,dans des visages familiers,dans de petits coins,a l'intérieur de l'arc en ciel et dans les structures moléculaires.Il ajoute également que l'amour arrive quand on s'y attend le moins et qu'il vient a ceux qui le cherchent.
Le message final de cette courte chanson(une minute 49secondes) est que 'l'amour est la solution' et sur cette note le groupe passe au sérieux riff d'ouverture de 'Five to one' et le rythme reprend son allure démoniaque.
D'aprés son titre,on pourrait penser que 'Love hides' est une improvisation romantique de la part de Morrison mais il s'agit d'un poéme qu'il avait écrit  pour Patricia Kennealy Morrison.Au moment de la sortie de Absolutely Live,ils avaient une relation intense et ils furent unis durant une cérémonie celte.Leur mariage en juin 1970 n'était pas officiel mais c'était l'échange de serments solennels et durables en terme de praticiens de sorcellerie celte(qui n'est pas la même chose que le satanisme).Kennealy et Morrison ont échangé des alliances irlandaises traditionnelles nommées Claddaghs,en forme de mains tenant un coeur couronné.Celle de Patricia était en argent et celle de Jim en or.
Kennealy Morrison avait entendu 'Love hides' bien avant la représentation.Quand Jim se trouvait chez elle a New York,juste avant le départ du groupe pour les concerts de Detroit qui allaient figurer dans Absolutely live,Morrison a lu le poéme a sa muse."Jim m'a dit qu'il avait écrit 'Love hides' pour moi" explique-t-elle "et au début je n'en étais pas sure.Je pensais que c'était quelque chose que Robby avait écrit,ou le genre de chose que Jim écrivait pour Pam.Mais il a toujours dit qu'il l'avait écrit pour moi alors c'est ce que j'aime croire."

samedi 1 juin 2013

Maggie M'Gill,album Morrison hotel

Comme 'Roadhouse blues','Maggie M'Gill' est une composition Jim/Doors où le blues prophétique de Jim est accompagné par le groupe qui concocte des riffs gonflés a bloc.La chanson est devenue une des plages mémorables de Morrison Hotel mais elle avait mal commencée.
En concert,les nuits où Jim chevauchait le serpent (quand il dansait sur le feu),le groupe élevait la musique a son niveau.C'est dans ces moments là que les spectacles des Doors devenaient un amalgame phénoménal de transport psychique et de libération physique.
Mais Jim,le chaman du Rock'n'Roll n'a jamais pu arriver a conjurer sa magie tous les soirs et certains concerts étaient non seulement sans magie mais faisaient honte a Ray,Robby et John.
L'une des pires "mauvaises nuits" s'est produite durant une courte tournée du Mid-West en février 1969.Le groupe avait un emploi du temps démoniaque avec l'enregistrement de The Soft Parade a L.A la semaine puis des concerts le week-end et,pour un concert à une université du Michigan a Ann Arbor,Jim avait épuisé toute sa magie.
Etant donné l'intensité de sa concentration et de son engagement envers la musique,Morrison n'avait pas besoin de boire ou de se droguer pour prendre son envol sur scéne.Mais a Ann Arbor il était saoul et plutôt que de le pousser a faire une superbe performance,l'alcool lui pesait.Il perdit ses repéres musicaux,oublia des paroles et marmonna celles dont il se souvenait.Sentant qu'il se trouvait devant un public qui n'était pas en rapport avec lui un public de buveurs de biére et d'étudiantes peu intéressées,Jim se mit a injurier le public.
Vers la fin du concert,alors qu'une autre chanson se transformait en désastre,John Densmore prit la courageuse décision d'abandonner ses baguettes et de quitter la scéne au milieu de la chanson.(Dans Riders On The Storm,Densmore explique que le stress d'accompagner Morrison lui avait donner une grave crise d'urticaire sur tout le corps).Robby Krieger décida rapidement que lui aussi en avait assez d'un bateau qui coulait et sortit de scéne une chanson plus tard.
Il y avait seulement trois ans et demi que Ray et Jim s'étaient assis sur Venice Beach et avaient décidé de former un groupe de Rock'n'Roll ensemble pour "faire un million de dollars".Maintenant,ils étaient côte a côte sur une scéne,des rocks stars devant un public,mais leur rêve avait pris une dimension horrible.Ray essaya de faire ce qu'il pouvait pour sauver le concert,il quitta son piano pour aller se mettre a la guitare de Robby et commença a jouer un simple air de blues pour que Jim puisse improviser dessus.Jim réagit en chantant 'Miss Maggie M'Gill,she lives on a hill...'(Miss Maggie M'Gill,elle vit sur une colline) et continua ainsi pendant un moment.Ray et Jim jouérent pendant cinq minutes mais la sauce ne prit pas et ils quittérent la scéne sous une avalanche de huées.
John Densmore était furieux ce soir-là et il n'était pas en état d'encourager Ray et Jim a développer leur air de blues a deux.Mais plus tard,durant les séances de Morrison Hotel,les accords de Ray et la phrase de Jim lui sont revenus.Il a encouragé Ray a essayer de jouer le même type de blues en studio,sur lequel Robby pouvait faire des bottlenecks en toute liberté.Lonnie Mack s'était chargé de la basse pour 'Roadhouse Blues' et les Doors lui demandérent de participer également a ce titre.Jim a étoffé l'histoire de Miss M'Gill de la colline qui est allée a Tangie Town où les gens "really like to get it on"(aiment vraiment prendre leur pied).
Naturellement,Jim ne s'est pas contenté d'un récit tout simple.Aprés un arrêt surprise dans la musique,il y a une explosion de guitare tremblée,le jeu de Ray reprend,Densmore repart a l'attaque avec son 4/4 tribal,et dans les couplets du milieu Jim parle du "illegitimate son of a rock'n'roll star"(fils illégitime d'une star du rock).(Cette phrase était tristement ironique car a la fin de l'année Patricia Kennealy Morrison allait faire avorter l'enfant de Jim quand celui-ci insista qu'il n'était pas prêt a assumer sa paternité).
Ensuite Jim fait une déclaration remarquable "I'm a old blues man...I've been singing the blues since the world began"(je suis un vieux du blues...je chante le blues depuis le début du monde.)
Sans doute aucun autre rock'n'roller blanc ne pouvait se permettre cette phrase mais venant de Jim,c'est non seulement logique mais une petite révélation.
Bien entendu,c'est exactement ce qu'il est : a la différence de la plupart des artistes blancs,Morrison n'essayait jamais de copier ou d'éliminer la "négritude" du blues.Au contraire il allait a la source de cette musique : le puits de douleur,de désir et de flammes infernales qui donnait au blues son âme,et c'est avec ça qu'il s'identifiait(Plutôt une reussite pour un gamin de la Marine qui venait de banlieue).
Dans le blues de Jim,il n'y avait rien de précieux ou étudié.Il était a sa maniére un "vieux du blues" et il chantait son blues avec la voix d'un vieux de la vieille.
En février 1970,un an aprés la premiére apparition désastreuse de Maggie M'Gill,cette chanson faisait danser le public dans la salle du Allen Theatre a Cleveland,en Ohio.Une version allongée de 'Maggie" figurait maintenant au programme de tous les concerts des Doors.