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mercredi 31 juillet 2013

Been down so long,album L.A woman

Le morceau blues-rock le plus incisif et le plus dur de L.A woman,'Been down so long' démontre encore une fois que Jim Morrison vivait rarement sans un livre en main.
Le titre et la phrase principale venaient de paroles de blues familiéres et souvent utilisées mais c'était aussi le titre d'un roman que Jim avait énormément apprécié: Been down so long it looks up to me de Richard Farina.
Aprés sa publication en 1966,ce livre a été beaucoup lu et on l'a présenté comme une sorte de témoignage de la contre-culture.Le héros du roman,Gnossos Papodoupoulis,est une âme errante et sans repos qui essaie de garder le calme a travers une série de circonstances difficiles(souvent sans se rendre compte dans quelle mesure ses propres actions décident de son sort).Gnossos rage contre la disparition imminente de sa jeunesse et pense trés sérieusement qu'il est 'immunisé' et 'exempté' de la médiocrité de la société qui l'entoure ainsi que des responsabilités que la société veut lui donner.
L'auteur Richard Farina était également un chanteur de folk connu.Sa femme,Mimi,était la soeur cadette de Joan Baez et ensemble,les Farinas ont sorti deux albums en 1965 et 1966,Celebrations for a grey day et Reflections in a crystal wind.
Les paroles des Farinas étaient a la fois personnelles et conscientes de la société,évitant souvent les conventions pop en faveur d'une approche folk traditionnelle.Ils ont également essayé un mélange de poésie et de paysage musicaux,combinaison a laquelle Morrison allait beaucoup s'intéresser plus tard.
La carriére de Richard Farina comme chanteur/compositeur et romancier s'est terminée tragiquement tôt:il est mort dans un accident de moto quelques jours aprés la publication de Been down so long it looks like up to me(En 1968,un troisieme album de musique inedite des Farinas est sortit a titre posthume).
Morrison aimait beaucoup ce roman.Quand des amis lui demandaient des idées de lecture,il se trouvait sur sa liste de recommandations officieuses.Mais les paroles de 'Been dow so long' ne se rapportent pas spécifiquement a l'histoire de Gnossos Papodoupolis.Morrison offre plutôt une sorte de manuel sur la méthode de composition de cet air de blues simple:le premier couplet est une présentation braillée du blues en général,le second couplet est une supplique de liberté a un gardien et au troisiéme couplet il demande une faveur sexuelle(quand Jim demande a une petite chérie de se mettre a genoux et de lui donner son " amour",ce ne sont pas des fleurs et des chocolats qu'il veut).Enfin,Jim beugle une définition générale du blues.
Comme la plupart des morceaux de L.A woman cette plage a été enregistrée presque entiérement live en studio.Outre la voix plein volume de Jim on se régale aussi de la super interaction musicale entre Robby et le guitariste Marc Benno.
C'est aussi l'un des rares morceaux des Doors sans claviers(il se peut que Manzareck ne se soit pas tourné les pouces durant toute la chanson:au troisiéme couplet il y a une guitare supplémentaire dont le style ressemble bien a celui de Ray.)
Certains observateurs des Doors ont considéré que le retour du groupe au blues était un peu un retrait dans l'ombre,un abandon de la couronne du Roi lézard.Mais dans une chanson comme 'Been dow so long' si simple on retrouve quand même toute la peur,tout le thêatre et toute la confusion dont débordait 'The end'.
Cinq ans avaient passé mais le groupe était encore là,tout comme sa musique.Mais maintenant le message était réduit a son essentiel.


dimanche 7 juillet 2013

Love her madly,album L.A woman

Dés sa sortie L.A woman avait été annoncé comme un surprenant retour en forme des Doors par ceux qui avaient commencé a considérer ce groupe comme fini : les chansons étaient denses et pleines d'énergie,la production simple et la voix de Jim Morrison était de nouveau un instrument de rock puissant et efficace.
'Love her madly' était le premier 45 tours des Doors a sortir depuis un an exactement(le dernier,'You make me real'/Roadhouse blues' était sorti en mars 1970) et le groupe se sentit trés encouragé quand la chanson grimpa au numéro 11 des hit parades américains.La face B était '(You need meat)Don't go no further' un air de Chicago blues chanté par Ray Manzareck qui n'est pas sorti sur l'album mais qui allait réapparaitre dans la compilation de 1972,Weird scenes inside the goldmine.
Les meilleures chansons de Robby Krieger pour les Doors 'Light my fire','Love me two times','Touch me' exprimaient des moments intimes entre amoureux.Dans 'Love her madly' Robby changeait de tactique.Les paroles ne sont pas des mots doux mais plutôt des confidences offertes a une oreille sympathique alors que sa relation amoureuse se désagrége.
Le concept des paroles de 'Love her madly' donne a la chanson un côté intéressant.Plutôt que de transcrire une lamentation d'amoureux décu,l'adieu amer d 'un ex ou une supplication du genre "bébé reviens",Krieger aime son amie encore plus irrationnellement,précisément parce qu'elle se dirige vers la porte.
'Love her madly' etait un choix facile pour un premier single:son style musical entrainant et le son aux subtiles superpositions en faisait un morceau parfait pour la radio.Mais quand cette chanson était travaillée au cours des répétitions de L.A woman,le producteur Paul Rothchild n'en pensait pas grand chose.Les Doors ont toujours dit que Rothchild avait refusé de participer a L.A woman parce qu'il n'aimait pas 'Riders on the storm',qu'il avait traité de 'musique de cocktails'.Mais dans une interview en 1981 pour BAM,Rothchild déclara que c'était 'Love her madly' qui lui avait posé le plus de problémes au début des répétitions pour L.A woman au Doors Workshop.
"A ce moment-là,ils avaient seulement quatre ou cinq chansons suffisamment définies pour être jouées comme telles.Les plus complétes étaient 'L.A woman' et 'Riders on the storm' et je pensais qu'elles étaient toutes les deux de super chansons.Mon probléme c'était que je n'arrivais pas a les leur faire jouer correctement.C'était comme de regarder un vieillard de 80 ans essayer de faire un marathon.On est entrés en studio et c'était horrible.De l'ennui du sol au plafond.Je me suis remué le cul pendant une semaine mais c'était toujours aussi mauvais.Je leur rentrais dans le lard et je leur disais ce que je pensais.J'espérais que ça les mettrait assez en colére pour leur faire faire quelque chose de bien : 'C'est pas du rock c'est de la musique d'ambiance! 'Mais le coeur n'y étais plus.Je n'ai pas dit ça a propos de 'Riders on the storm'.'Love her madly' était la chanson dont je parlais.C'est cette chanson qui m'a fait quitter le studio.Ca ne change absolument rien qu'elle leur aie fait vendre un million de disques."
'Love her madly' symbolise la situation confuse des Doors en 1971:c'est précisément la chanson qui avait causé le départ de leur collaborateur qui est devenue le plus grand hit de leur dernier album.Cette chanson aurait sans doute été utilisée en début de concert si les Doors avaient pu faire une tournée pour L.A woman : c'est le rôle qu'elle a joué dans les deux derniers concerts du groupe,les 11 et 12 décembre 1970,au Dallas Music Hall et a la Warehouse a la Nouvelle Orleans.


lundi 1 juillet 2013

The changeling,album L.A woman

'The changeling' était une chanson assez ancienne de Morrison,que le groupe a enfin décidé d'enregistrer pour L.A woman.Elle avait été composée en 1968,a l'époque ou Jim écrivait des choses comme 'Wild child' et 'Shaman's blues' et au plan thématique elle a un certain rapport avec ces deux chansons.Dans le folklore,le 'changeling' est une créature de l'autre monde qui est substituée a un enfant humain par des esprits maléfiques ou espiégles.De l'extérieur le Changeling est  identique a l'enfant volé mais reste toujours en rapport avec le monde des esprits.
Quand Morrison a composé cette chanson,il pensait a l'évolution qu'il subissait aux yeux du public:d'une idole rock'n'roll sexy a un chanteur moins bien compris,plein de subtilités et de contradictions.C'était un moyen pour lui de faire savoir au public qu'il n'était pas exactement qui il pensait ou qui il voulait.
Quand Morrison chante la chanson a pleine voix,il souligne une autre transformation:il est prêt a tourner le dos complétement au rôle de chanteur de rock et veut s'éloigner du sensationnalisme de sa vie de star(et de la presse).'The changeling' devint pour Jim un manifeste de sa volonté de passer a une nouvelle phase de sa vie ,ou son but principal serait de se plonger dans la création poétique.
Quand il dit dans la chanson qu'il va quitter la ville,c'est exactement ce qu'il fit en réalité dés que l'album fut terminé.
Jim Morrison était brisé quand il a enregistré 'The changeling',mais cette chanson reste un morceau incroyablement vibrant.Il montre qu'il reste capable de paroles inspirées et 'The changeling' est plein d'énergie."Beaucoup de gens avaient fait une croix sur Jim aprés l'été 68"explique Patricia Kennealy Morrison "Les gens ne voulaient pas vraiment le laisser évoluer...ils voulaient qu'il reste cette icône pour toujours.Quand j'ai entendu 'The changeling',je me suis dit 'Ca y est il est sorti d'affaire'.C'est une chanson trés autobiographique et il nous disait qu'il était déja parti.L'album tout entier était comme un au-revoir."
Malheureusement cet album est devenu un triste adieu.Jim a quitté Los Angeles pour Paris en mars 1971.L.A Woman est sorti en avril et son succés a été immédiat.'The changeling' est sorti en juin sur la face B de 'Riders on the storm',le dernier single des Doors avec de nouvelles chansons.
Mais début juillet,avant même que la plupart des fans n'aient pu acheter l'album ou le single et entendre Jim crier 'see me change'(regardez-moi changer),Jim Morrison avait disparu pour toujours.